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Jeunes, précaires, ruraux: qui sont les gilets jaunes ?

Une manifestation de gilets jaunes - Image d'illustration

Une manifestation de gilets jaunes - Image d'illustration - Charly Triballeau - AFP

De jeunes actifs, au parcours de vie heurté, ayant le sentiment d’être invisibles et qui ne parviennent pas à suivre le train de vie de notre société. Dans le cadre de la présentation de sa note de conjoncture, le Crédoc, Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie, publie son enquête sur les gilets jaunes.

Est-ce que vous vous sentez gilets jaunes? C’est la question que le Crédoc a posé à 3000 personnes dans le cadre de son enquête de conjoncture menée en janvier dernier. Premier enseignement: si seulement 6% des personnes interrogées se considèrent comme gilets jaunes, 56% sont favorables au mouvement.

Chez ceux qui se considèrent gilets jaunes, le Crédoc note une surreprésentation des catégories modestes et des personnes rencontrant des difficultés à boucler leurs fins de mois. 70% ont un revenu inférieur au revenu médian, 45% sont ouvriers ou employés et 35% ont connu une période de chômage au cours des cinq dernières années. Seuls 20% sont diplômés du supérieur.

"Ce sont de jeunes actifs qui travaillent mais qui ne s’en sortent pas. C’est une population qui ne peut pas faire face aux incidents de parcours, comme une simple machine à laver qui tombe en panne", selon Sandra Hoibian, directrice du Pôle Evaluations et Société du Crédoc.

76% des gilets jaunes déclarent qu’ils s’imposent régulièrement des restrictions sur leur budget, contre 55% en moyenne, et seulement 33% d’entre eux seraient en mesure de faire face à une dépense imprévue en puisant dans leurs réserves, contre 70% des personnes hostiles au mouvement.

Les jeunes davantage concernés

Autre enseignement: les gilets jaunes sont en moyenne assez jeunes. 50% ont moins de 40 ans contre 34% dans la moyenne française. Or, les jeunes constituent l’une des catégories d’âge les plus vulnérables économiquement.

"Mais une autre caractéristique des gilets jaunes c’est qu’ils ont souvent un parcours de vie heurté", souline Sandra Hoibian. 35% ont connu récemment une période de chômage, et 17% se sont séparés de leur conjoint au cours des 12 derniers mois. Par ailleurs, 33% souffrent d’un handicap ou d’une maladie chronique, contre 25% en moyenne dans la population.

Autre point commun: la ruralité. 31% des gilets jaunes vivent en zone rurale, contre 22% en moyenne en France. Et globalement ils sont plus éloignés des grandes métropoles, et notamment de la capitale. Seuls 7% d’entre vivent en agglomération parisienne, contre 16% en moyenne. 91% des gilets jaunes sont automobilistes, contre 81% des Français en moyenne.

Enfin, si le souhait d’un changement radical de la société fait plutôt consensus au sein de la population, ce qui différencie les gilets jaunes c’est leur soutien à des formes de mouvement radicales. 88% d’entre eux comprend qu’on puisse bloquer ou occuper des lieux comme des usines, des routes, des places, et 49% comprend le recours à la violence physique, contre seulement 13% dans la population générale.

"Egalité, Liberté, Individualité"

La première valeur des gilets jaunes et de ceux qui les soutiennent c’est l’égalité, selon le Crédoc. Si 65% des Français pensent qu’il faut prendre aux plus riches pour redonner aux plus pauvres, cette proportion grimpe à 88% chez les gilets jaunes.

"En France, il y a une passion pour l’égalité, c’est un phénomène qui n’est pas nouveau et qui s’est exacerbé ces dernières années. Depuis 2015 avec la reprise, il y a une amélioration continue du sentiment de restriction sur les loisirs, les vacances, l’habillement…mais les bas revenus et les catégories moyennes inférieures sont encore respectivement 72% et 65% à s’imposer régulièrement des restrictions et ils ont le sentiment de ne pas profiter de la reprise. C’est ce décalage qui provoque la colère", d’après Sandra Hoibian.

Une autre valeur considérée comme un des critères du bonheur par les gilets jaunes c’est la liberté, comme celle de mouvement, que procure le fait de pouvoir se déplacer en voiture, et celle du choix de vie, très liée à la présence de services publics dans les territoires.

"Entre 1980 et 2013 les services publics se sont concentrés dans les grandes métropoles, et cette désertification des territoires ruraux est très mal vécue par les gilets jaunes, mais aussi la population générale qui a le sentiment d’être entravée, et de ne pas pouvoir vivre comme ils l’entendent.", poursuit-elle.

Enfin, le sentiment d’individualité ressort très fortement chez les gilets jaunes:

"Chacun a envie de s’exprimer, de donner son opinion, particulièrement chez les jeunes, et on retrouve ce besoin dans le mouvement des gilets jaunes", explique Sandra Hoibia.

D’ailleurs, si seulement 40% des Français affirment qu’ils aiment "se différencier des autres", cette proportion grimpe à 60% chez les gilets jaunes.

Marie Dupin (RMC)