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Pacte de responsabilité: les prévisions de création d'emplois ne convainquent pas

Jean-Claude Mailly estime que les prévisions du gouvernement relèvent de la "méthode Coué"

Jean-Claude Mailly estime que les prévisions du gouvernement relèvent de la "méthode Coué" - -

L'objectif affiché par le gouvernement de créer 200.000 emplois grâce au pacte de responsabilité est jugé optimiste par plusieurs économistes, et complètement irréaliste pour certains syndicats.

Le gouvernement s'est-il montré trop optimiste lors de la présentation du programme de stabilité, ce mercredi 23 avril? Beaucoup d'acteurs de l'économie semblent en tout cas le croire, notamment en ce qui concerne les créations d'emplois annoncées.

Selon l'exécutif,le pacte de responsabilité devrait ainsi créer "200.000 emplois supplémentaires" d'ici à 2017 et devrait "permettre de rehausser l'activité de 0,6 point".
Le gouvernement envisage en outre que ces effets soient amplifiés par les "engagements" des acteurs économiques et sociaux dans le cadre du Pacte, et grâce à un "choc de confiance".

Cette prévision d'emplois ne concerne que le volet "exonérations de cotisations patronales" (10 milliards d'euros) du pacte de responsabilité, il n'inclut pas l'impact du Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi (CICE), estimé à "300.000 emplois créés" par le ministre du Travail François Rebsamen.

Une "fourchette d'incertitude considérable"

Des prévisions "optimistes", pour le Haut Conseil des finances publiques (HCFP), présidé par Didier Migaud, et qui a rendu son avis mercredi. Cet organe indépendant chargé d'évaluer les trajectoires budgétaires estime que "les mesures d'économies, concentrées sur le début de la période 2015-2017, pourraient peser davantage que prévu par le gouvernement sur la croissance à court terme", rapporte Le Monde daté du 24 avril.

Pour Jacques Freyssinet, président du Conseil scientifique du Centre d'études de l'emploi, les prévisions "emplois" du programme de stabilité "ne sont pas absurdes", mais "ultra-fragiles" car elles "se situent dans une fourchette d'incertitude considérable".

"Les exonérations de cotisations sur les bas salaires (mises en oeuvre à partir du début des années 1990, NDLR) ont fait l'objet d'un certain nombre d'études rétrospectives dont les résultats vont du simple au triple. Je suppose que ces 200.000, c'est une extrapolation. C'est de l'approximation raisonnable", a en effet déclaré l'économiste à l'AFP.

Marion Cochard, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), juge pour sa part le chiffre "un peu optimiste". "Si on faisait 10 milliards d'euros d'exonérations de cotisations uniquement sur les bas salaires, on tablerait à l'OFCE sur environ 200.000 emplois créés, mais là, les exonérations concernent aussi des plus hauts salaires, moins sensibles au coût du travail, a-t-elle expliqué. Nous, on prévoirait un effet autour de 150.000 emplois".

"Du doigt mouillé et de la méthode Coué"

Les syndicats, de leur côté, sont pour le moins sceptiques."Ca s'appelle du doigt mouillé et de la méthode Coué", a ainsi réagi Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière. "Personne ne saura jamais combien le pacte aura permis de créer d'emplois et, pour FO, l'ensemble du pacte va faire diminuer la croissance, pas l'augmenter".

Eric Aubin, de la CGT, avait contesté dès mardi les prévisions d'emplois. "Si les exonérations permettaient la création d'emplois, ça fait 30 ans qu'on aurait créé de l'emploi et on ne serait pas dans la situation dans laquelle on est", avait-il déclaré à l'AFP.

La CGT, FO et la CFE-CGC n'avaient pas approuvé le pacte au moment des négociations entre partenaires sociaux. La CFDT, qui avait signé l'accord, n'a pas souhaité réagir.

Y. D .avec AFP