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Michel Sapin: "changer de politique c'est la certitude de n'avoir aucun résultat"

Le ministre des Finances et des Comptes publics était l'invité de BFMTV ce dimanche 17 mai. S'il s'est réjoui que la croissance revienne en France, il a surtout montré sa volonté de garder le cap en termes de politique économique.

Michel Sapin est le grand argentier d'une France entre deux eaux. Si la croissance commence à repartir avec 0,6% de hausse du PIB au premier trimestre, soit deux fois plus que l'Allemagne et le Royaume-Uni, et que Bruxelles a loué ses efforts pour réduire le déficit, l'Hexagone doit encore s'efforcer de trouver des économies.

Le ministre des Finances doit ainsi s'efforcer de jouer un subtil jeu d'équilibriste en tentant de freiner ou diminuer les dépenses sans pour autant obérer le début de reprise qui s'annonce. D'où les nombreux défis que Michel Sapin doit actuellement relever.

> Pérenniser la croissance

Invité à réagir une nouvelle fois sur le chiffre de 0,6% publié mercredi par l'Insee, Michel Sapin a estimé que "c'est un bon chiffre mais pas seulement un chiffre: c'est une bonne réalité". Même si le ministre "sait aussi que certains secteurs, comme le bâtiment, ne se portent pas mieux". "Mais globalement l'activité économique va mieux", a-t-il ajouté.

Il considère que cette bonne statistique "montre que notre politique a des résultats positifs à une condition: c'est que cela se fasse dans la durée". Michel Sapin veut ainsi transformer l'essai. "0,6% de croissance c'est bien mais il faut que cela dure".

L'élément manquant pour que cette croissance soit pérenne? "Il reste un élément décisif: que l'investissement des entreprises reparte. Là il a tout juste augmenté", répond Michel Sapin. Il a rappelé au passage que l'exécutif a annoncé en avril une "aide particulière" pour favoriser l'investissement en 2015 qui est "l'année décisive".

Interrogé sur une éventuelle accélération de la croissance à plus de 2%, Michel Sapin s'est montré prudent. "Je pense que les taux de croissance ne seront plus ce qu'ils ont été " ce qui selon lui n'est pas "gravissime" pour le chômage car "on peut faire baisser le chômage avec des taux de croissance plus faibles" si la croissance "est plus forte en emplois".

Par ailleurs, avec cette croissance plus élevée, Michel Sapin a assuré que le gouvernement ne changera pas sa politique car "changer de politique c'est la certitude de n'avoir aucun résultat".

> Sanctuariser la culture

Michel Sapin a été invité à réagir aux déclarations de Manuel Valls. Le Premier ministre a affirmé ce dimanche que baisser le budget de la Culture les deux premières années du quinquennat était "une erreur". "Une chose est certaine: on ne peut pas considérer crédits de la culture comme les autres", a affirmé le ministre des Finances. "C'est une question d'identité".

Il a au passage réaffirmé une promesse "le budget de la Culture n'a pas baissé et ne baissera pas, ni en 2015 ni en 2016". Il sera ainsi "maintenu en l'état", a-t-il expliqué.

> Amplifier les baisses d'impôts

"Les Français ont payé plus d'impôts au cours de ces dernières années, depuis 2011. Des Français qui ne payaient l'impôt sur le revenu qui se sont ainsi mis à payer l'impôt sur le revenu", a rappelé Michel Sapin.

"Qu'est-ce que nous faisons aujourd'hui?" a-t-il feint de s'interroger. Réponse du ministre: baisser l'impôt des Français les plus modestes.

"Nous avons commencé l'année dernière (à le faire, ndlr), nous allons l'amplifier cette année", a-t-il promis tout en assurant que ces baisses "ne sont pas payées par les autres".

Michel Sapin a de fait souligné une nouvelle fois le ras-le-bol fiscal que les Français ont plusieurs fois manifesté. Cette augmentation des impôts, dont il attribue pour moitié la responsabilité à François Hollande et pour l'autre moitié à Nicolas Sarkozy, "a frappé les Français. Il se sont dits 'là il y a quelque chose qui ne va pas'".

Dans ce contexte "la moindre hausse d'impôt serait contradictoire avec ce message de confiance" que le gouvernement veut envoyer.

> Rationaliser les dépenses

"Toute le monde est pour la diminution de la dépense publique sauf quand cela le concerne", a déclaré Michel Sapin pour qui "la bonne manière de réduire la dépense publique c'est de maîtriser les secteurs".

Il a donné comme exemple la politique du logement pour laquelle l'Etat dépense 41 milliards d'euros. "Au fond c'est le premier budget de la France", a-t-il déduit, en considérant "qu'il y a un problème" sur l'efficacité de cette enveloppe.

Michel Sapin compte ainsi économiser "plusieurs centaines de millions d'euros sur cette politique" tout en permettant de "préserver l'effet économique" de cette politique. Fera-t-on plus d'un milliard d'économies sur ce poste? Non. "Un milliard c'est déjà pas mal!", fait ainsi valoir Michel Sapin.

Enfin le ministre a jugé "nécessaire" de passer des réformes. "Aujourd'hui une France à l'arrêt ce serait une France condamnée. Il faut une France en mouvement, dans le sens du progrès", a-t-il conclu.

J.M.