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Le Balardgone, une vraie bonne affaire pour l'Etat?

François Hollande inaugure ce jeudi 5 novembre le nouveau ministère de la Défense installé près de la place Balard à Paris. Un projet 100% privé qui coûtera au final près de 4 milliards à l'Etat. Trop cher alors que les militaires ont du mal à boucler les fins de mois?

Les militaires vont être officiellement dans leurs meubles. Ce jeudi 5 novembre, François Hollande inaugure en effet le nouveau ministère de la défense, le Balardgone comme on l'appelle en raison de sa localisation, près de la place Balard dans le XVème arrondissement de Paris: 145.000 m2 de bâtiments neufs équipés de 1.000 km de fibres optiques pour 9.300 personnels civils et militaires. 

Tous les états-majors, les services centraux de la défense, la Délégation générale pour l'armement, et le saint des saints ultra-protégé dans les sous-sols, le Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) chargé de piloter les interventions extérieures, sont désormais réunis dans un même lieu. Seul le ministre et son cabinet vont rester dans le vénérable hôtel de Brienne, près de l'Assemblée nationale. Mais il disposera quand même d'un second bureau à Balard.

Au total, le coût du déménagement, effectué sous haute surveillance en raison des matériels et documents à transporter, avoisine les 10 millions d'euros ( 75.000 cartons transportés). 

150 millions de loyer annuel

Mais l'originalité de l'opération n'est pas tant dans la conception du bâtiment que dans sa réalisation: il s'agit en effet d'un partenariat public-privé (PPP). Un consortium d'entreprises privées (Bouygues, Thales, Sodexo) a pris en charge la construction et assumera la gestion courante (maintenance, gardiennage, restauration....) du ministère pendant 27 années.

En échange, l'Etat paiera un loyer durant cette période avant de devenir à ce moment propriétaire. Ce loyer est fixé à 150 millions par an, ce qui aboutit à un coût total pour l'Etat de 4 milliards d'euros. Dont 87 millions de dépassement des projets initiaux pour une grande part imputable aux demandes, pas toujours justifiées, des militaires.

Sur ces 150 millions d'euros annuels, 31 millions correspondent au fonctionnement des systèmes d'information, 29 millions aux prestations de service et 19 millions à l'entretien et la maintenance. 

Moins de personnels

L'Etat va financer la dépense en partie par la vente des 17 implantations actuelles du ministère en région parisienne. 200 millions d'euros de cessions sont ainsi prévus cette année. Mais le ministère économisera également en supprimant 1.360 emplois. Ces postes seront confiés désormais au secteur privé et compris dans le loyer annuel. 

Mais au bout du compte, l'Etat fera-t-il une bonne affaire? En d'autres termes, aurait-il été moins coûteux pour le budget de faire construire le nouveau ministère directement par l'Etat? Surtout au moment où l'armée connaît des difficultés pour boucler ses fins de mois en raison des dépenses imprévues (Opex, opération Sentinelle....). 

La gauche moins critique 

Officiellement, le gouvernement ne s'exprime pas sur le sujet alors même que la gauche lorsqu'elle était dans l'opposition critiquait le recours aux PPP trop coûteux, selon elle, pour les finances publiques mais très rentable pour les entreprises privées. D'autant qu'en l'espèce, c'est le gouvernement Fillon qui avait signé le contrat de PPP en 2011.

Mais depuis, Manuel Valls, a rappelé en septembre 2014 l'intérêt des partenariats publics-privés en période de basses eaux budgétaires pour relancer l'investissement. 

De son côté, Jean-Paul Bodin, le secrétaire général du ministère de la défense fait remarquer à BFMBusiness qu'avec en moyenne 1,2 milliard d'euros de crédits immobiliers prévus chaque année dans le budget militaire, il aurait été impossible de se payer un nouveau ministère quatre ans seulement après le lancement du projet. Comme c'est le cas pour le Balardgone actuel. 

P.C