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EXCLUSIF - Retraites : L'Elysée réfléchit bien à un report de l'âge de départ légal

Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites

Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites - AFP

Le grand débat bouscule les certitudes d'Emmanuel Macron. Il soutient maintenant l'idée d'un report au-delà de 62 ans de l'âge légal de départ en retraite.

Quoi qu'en dise Jean-Paul Delevoye, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites, le sujet n'est pas tranché. L'idée d'un recul de l'âge du départ à la retraite est bel et bien crédible, puisqu'elle a l'appui de l'Élysée.

En le confirmant ces dernières heures, des sources proches de la Présidence veulent d'abord faire taire les rumeurs de désaccord sur ce point entre Emmanuel Macron et son Premier ministre : « Lorsque Édouard Philippe s'est exprimé publiquement la semaine dernière, pour dire que cette question était légitime, il exprimait la position officielle de l'exécutif sur le sujet » explique-t-on dans l’entourage du président.

Il n'y a donc aucune divergence entre Matignon et l'Élysée, et ce malgré la position initiale d'Emmanuel Macron, affirmée pendant la campagne présidentielle, de maintenir l'âge légal à 62 ans. Cette position a même été réaffirmée, en octobre dernier, dans le cadre de la négociation sur la réforme des retraites.

Sauf que tout cela, c'était avant le grand débat. Depuis, beaucoup de Français ont fait part de leurs difficultés à financer la dépendance. « À partir du moment où on décide de prendre en charge la dépendance, les choses peuvent changer. On ne va pas financer cette réforme avec des pièces en chocolat », explique-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron.

Reculer l'âge de départ est, en l'occurrence, un puissant levier financier : tout report d'un an rapporte à peu près 10 milliards d'euros. « C’est donc une piste, même si rien n’est encore arbitré », explique-t-on à l’Élysée.

Les syndicats ne décolèrent pas

L'idée a fait bondir les syndicats, y compris ceux qui soutiennent la réforme des retraites, comme la CFDT. « De qui se moque-t-on ? », a réagi Laurent Berger, son leader. L'organisation a même exigé des clarifications de l'Élysée et menacé de claquer la porte des discussions. Faute de réponse, elle a finalement décidé de poursuivre la concertation, tout en rappelant qu'il s'agissait d'une ligne rouge.

« À quoi bon remettre tout le système à plat pour ensuite taper dans la caisse pour financer la dépendance ? », s'interroge encore l'un des responsables de FO. « Le gouvernement ne pouvait pas mieux s'y prendre pour saper tous les efforts de Jean-Paul Delevoye dans la dernière ligne droite de la concertation », explique un autre responsable syndical. Les concertations doivent en effet s'achever en mai et, jusqu'ici, le Haut-Commissaire avait réussi à pacifier le débat.

Jean-Paul Delevoye torpillé

« Le gouvernement vient de lui mettre un sacré coup de poignard dans le dos », résume l'un de ceux qui est au coeur des discussions. Les syndicats le disent exaspéré.

Lui a d'ailleurs eu du mal à contenir sa colère. « Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, s'est engagé publiquement, en octobre dernier, à ne pas toucher à l'âge légal de départ à la retraite », a-t-il dit avant de marteler : « Il faut que les choses soient claires, ces engagements ne peuvent pas être remis en cause. Sinon, je dois aussi en tirer les conséquences ».

Depuis, Jean-Paul Delevoye tente de calmer le jeu pour mieux reprendre la main, alors que beaucoup de sujets explosifs doivent encore être abordés, comme la gouvernance du nouveau système ou encore les pensions de réversion.

« Il n’est pas du genre à jeter l’éponge. Il est déterminé à aller jusqu'au bout, il veut présenter ses recommandations », assure-t-on dans son entourage. « C'est après que les choses risquent de se corser. Jean-Paul Delevoye retrouvera alors sa liberté de parole et ne se privera pas de dire ce qu'il pense s'il a été court-circuité », explique l'un de ceux qui est au coeur des négociations.

En attendant, le Haut-Commissaire a au moins obtenu le fait de ne pas avoir à endosser le sale boulot, puisque c'est bien dans le cadre de la réforme du financement de la dépendance, que ce sujet sera tranché. Rien ne dit en revanche qu'une telle mesure, si elle devait être adoptée, ne viendrait pas remettre en cause toute sa réforme systémique.