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Etre mère et femme active: "Ne pas vouloir être Wonder Woman"

Afin de mieux concilier vie privée et vie professionnelle, les femmes doivent se battre pour leur carrière et accepter de déléguer certaines tâches quotidiennes, estime Marlène Schiappa, présidente de Maman travaille.

Afin de mieux concilier vie privée et vie professionnelle, les femmes doivent se battre pour leur carrière et accepter de déléguer certaines tâches quotidiennes, estime Marlène Schiappa, présidente de Maman travaille. - Radek Mica - AFP

En France, en 2014, il reste difficile pour certaines femmes de concilier vie privée et vie professionnelle. Une réalité qu'entend combattre Marlène Schiappa, présidente de l'association Maman travaille. Elle revient pour BFMBusiness.com sur les différentes difficultés que rencontrent les mères françaises et propose des solutions pour améliorer leur vie.

Comment être une mère et une femme active? C'est cette problématique que tente de résoudre au quotidien l'association Maman travaille*, fondée par Marlène Schiappa. Cette dernière explique pour BFMBusiness.com ce qui manque afin que les mères françaises puissent parfaitement concilier vie professionnelle et vie privée. Elle revient également sur la réforme à venir du congé parental.

> Les places de crèche manquantes et le "plafond de mère"

La maternité est encore trop souvent synonyme de frein dans la carrière des femmes, estime Marlène Schiappa, qui assure que dans 98% des cas, ce sont elles qui s'arrêtent de travailler. Une réalité qui pourrait être atténuée si les couples disposaient de suffisamment de modes de garde. "Il manque entre 300.000 et 500.000 places de crèches", explique la présidente de Maman travaille. 

"Il faut également mettre fin au 'plafond de mère' (une référence au plafond de verre, ndlr), c'est-à-dire mettre fin au mécanisme managérial selon lequel la mère est un agent à risque", continue Marlène Schiappa. Autre problème selon elle: la "culture du présentéisme", qui fait que "quand une femme est productive mais qu'elle doit partir à 18 heures, cela est mal vu".

Alors, il faut changer les mentalités. Cela doit passer par une "action politique", estime Marlène Schiappa: "Il faut légiférer et aussi créer les places de crèche manquantes." Elle ajoute que les entreprises et les employeurs ont leur rôle à jouer, mais ne sont pas les seuls responsables. "Les femmes doivent se battre pour leur carrière et les hommes accepter de prendre leurs congés parentaux."

> La réforme du congé parental

Le gouvernement, dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, avait proposé de réformer la durée du congé parental pour le second enfant: celui-ci devait être partagé à égalité entre le père et la mère. Une proposition jugée excessive par certains, et qui devrait finalement être abandonnée. Marlène Schiappa assure diplomatiquement que ce projet de réforme "l'interroge", car "les associations n'ont pas été consultées" et parce que, selon elle, "le secrétariat au Droits des femmes n'a pas été mis dans la boucle de décision".

"Tout cela ne sert à rien sans changement des mentalités et sans création de nouveau mode de garde des enfants", persiste par ailleurs la présidente de Maman Travaille, qui insiste aussi sur la nécessité de mieux informer les pères. Selon elle, ces derniers ne savent bien souvent pas qu'ils ont aussi droit à un congé parental.

> Najat Vallaud-Belkacem et le stéréotype de la bonne mère

Marlène Schiappa met également en cause la pression que subissent les femmes qui ont des enfants. Récemment, la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, avait été mise en cause par le magazine Closer, qui lui reprochait d'avoir avoué ne pas avoir le temps d'accompagner ses enfants à l'école. "Mauvaise mère?", s'interrogeait le magazine people.

"C'est incroyable qu'un magazine qui met notamment en avant des femmes qui ne se nourrissent pas nous donne sa vision de la bonne mère", s'insurge la présidente de Maman travaille. "En plus, cela invalide la place du père", ajoute Marlène Schiappa. La ministre affirmait en effet dans l'interview que son mari était très présent dans la gestion des affaires quotidiennes. "Moi, je préfère féliciter Najat Vallaud-Belkacem qui arrive à concilier vie professionnelle et vie privée."

> Concilier vie de mère et vie professionnelle

"Pour réussir, il faut avant tout baisser ses standards, il ne faut pas vouloir être Wonder Woman", explique la présidente de Maman travaille. "Il faut accepter de relâcher la pression." Marlène Schiappa donne également quelques astuces: "Il faut savoir trouver de l'aide, des appuis." Selon elle, bien s'occuper de sa famille passe aussi par bien s'occuper de soi, savoir déléguer un certain nombre de tâches.

Une obligation d'autant plus grande pour les mères célibataires: "Elles doivent se construire un réseau d'ami(e)s, avec qui l'on s'aide, pour qui l'on va chercher les enfants à l'école et inversement." Autre conseil, appliquer la règle du "CQFAR": celui qui fait a raison. "Par exemple, dans le domaine vestimentaire, ne pas repasser après que le père a déjà habillé l'enfant. Il faut savoir lâcher du lest."

> L'éventuelle grossesse et l'entretien d'embauche

Que faire si lors d'un entretien d'embauche un recruteur demande à une jeune femme si elle entend avoir un enfant dans les années à venir? "Personnellement, je conseille tout d'abord de mentir", explique Marlène Schiappa, qui rappelle qu'une telle question est "discriminante" et normalement "interdite". Le second conseil, est simple: "Il faut fuir. Le recruteur ne joue pas le jeu. S'il pose de telles questions pendant l'entretien d'embauche, alors ce sera pire par la suite."

*Maman travaille, fondée en 2008, se définit comme étant le "premier réseau de mères actives". Créée par Marlène Schiappa (qui est notamment adjointe au maire PS du Mans), l'association a pour but selon cette dernière d' "échanger les bonnes pratiques", mais aussi d'agir comme un "lobby".

Maxence Kagni