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Délocalisations : les PME privilégient l’Europe

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Régulièrement pointées du doigt, ces transferts de production ne concernent néanmoins que 1,9% des PME marchandes de 50 salariés et plus, révèle une étude de l’Insee.

Redoutées par les salariés, critiquées par les gouvernements, quelle est l’importance réelle des délocalisations d’entreprises ? Dans une étude, l’Insee a décidé de se pencher sur la question en observant le périmètre des PME marchandes non financières de 50 salariés et plus sur la période 2014-2016.

Première conclusion, ces délocalisations concernent finalement très peu de ces entreprises : 1,9% selon les calculs de l’institut statistique. 2,6% ont bien envisagé un transfert géographique mais ont finalement renoncé.

Dans quel but ? « Il s’agit plutôt d’activités nouvellement développées, sans transfert : 5,1 % des PME étudiées créent ex nihilo des activités à l’étranger. Contrairement aux entreprises de taille intermédiaire et aux grandes entreprises, les PME sont probablement moins à même de transférer vers l’étranger des activités déjà réalisées en France. La création ex nihilo d’activités à l’étranger peut faire partie de leur développement », explique l’Insee.

Evidemment, la taille de l’entreprise est un facteur différenciant. Ainsi, 2,4% des entreprises de 100 à 249 salariés prennent plus ce type de décision contre 1,7% pour les sociétés de 50 à 99 salariés.

Tout comme l’activité. Les entreprises de l’information-communication représentent 6 % des PME de 50 salariés ou plus. Entre 2014 et 2016, ce sont elles qui ont le plus fréquemment délocalisé (5,8 % d’entre elles), plutôt des activités support. Elles sont suivies par l’industrie manufacturière (27 % des PME étudiées), où 3,0 % des PME de 50 salariés ou plus ont délocalisé, surtout leur activité cœur de métier.

L’Afrique attire

Par ailleurs, en toute logique, celles qui exportent, surtout si elles exportent beaucoup, délocalisent plus fréquemment. Ainsi, 4,0 % des PME hautement exportatrices ont délocalisé. Cette part diminue significativement quand elles exportent peu (2,1 %). Elle diminue à nouveau pour les PME non exportatrices (0,7 %) qui représentent la moitié des PME étudiées.

19 % des PME étudiées sont des multinationales, c’est-à-dire qu’elles ont au moins une filiale à l’étranger. Parmi elles, la part de celles qui délocalisent est près de dix fois supérieure à celle observée chez les entreprises « franco-françaises » (6,9 % d’entre elles, contre 0,7 %).

Où sont réalisées ces délocalisations ? 70 % l’ont fait vers l’Europe dont 63 % vers l’Union européenne. L’Europe est également la destination privilégiée par les PME qui créent ex nihilo des activités à l’étranger : 57 % d’entre elles l’ont fait en Europe, et 48 % dans l’UE.

L’Afrique, en raison de sa proximité avec la France et de l’usage du français dans certains pays, fait aussi partie des zones d’accueil privilégiées, aussi bien pour la délocalisation (22 %) que pour la création ex nihilo d’activités à l’étranger (17 %).

Parmi les PME qui créent ex nihilo des activités à l’étranger, 22 % choisissent les États-Unis et/ou le Canada. En revanche, celles qui délocalisent privilégient l’Inde et/ou la Chine (19 %) aux États-Unis et/ou au Canada (7 %).

Quelles sont les raisons principales qui justifient ces transferts ? La logique comptable l’emporte puisque 72 % d’entre elles citent la réduction du coût de la main-d’œuvre comme une motivation importante ou très importante. Viennent ensuite la réduction des autres coûts (41 %) et l’accès à de nouveaux marchés (36 %).

Peu de destructions de postes a priori

Le manque de main-d’œuvre qualifiée en France ou l’accès à des compétences ou des technologies spécialisées sont plus rarement cités (respectivement 15 % et 16 %).

Enfin, la grande question des conséquences sur l’emploi local est abordée par l’Insee. Les destructions d'emplois à la suite de délocalisations recensées représentent seulement 0,06% de l'effectif employé dans les PME de 50 salariés et plus et 2,9% de l'emploi des entreprises qui ont délocalisé.

« Ainsi, 1.700 postes ont été supprimés en France dans les PME de 50 salariés ou plus et 700 ont été créés, soit un solde de 1.000 suppressions nettes sur 1.600 000 postes au total » ajoute l'Insee.

Mais l’institution émet deux réserves : les chiffres sont issus de déclarations des entreprises et ne prennent pas en compte les suppressions « qui peuvent être induites chez les sous-traitants ».

Olivier CHICHEPORTICHE