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Déficit: le gouvernement coupe l'herbe sous le pied des frondeurs

A six jours du discours de politique générale de Manuel Valls devant l'Assemblée nationale, les annonces sur le déficit tombent à pic.

A six jours du discours de politique générale de Manuel Valls devant l'Assemblée nationale, les annonces sur le déficit tombent à pic. - LIONEL BONAVENTURE-AFP

Michel Sapin a annoncé mercredi que la France laisserait filer son déficit l'année prochaine, à six jours du vote de confiance du gouvernement Valls à l'Assemblée. De quoi attendrir les frondeurs de la majorité.

Le cadrage budgétaire pour 2015 est désormais connu. A la surprise générale, Michel Sapin, le ministre des Finances, et Christian Eckert, le secrétaire d'Etat au Budget, ont dévoilé mercredi 10 septembre que Bercy tablait sur une croissance de 1% l'an prochain.

Mais l'annonce qui va faire du bruit, c'est celle d'une prévision de déficit relevée, à 4,3% du PIB pour 2015. Soit largement plus que les 3% initialement prévus, comme Paris s'y était engagé vis-à-vis de Bruxelles.

Cette mise au point, assez spectaculaire, va permettre à Manuel Valls de roder son discours de politique générale prévu pour mardi prochain. Ce que Michel Sapin a annoncé, c'est que le gouvernement a pris la décision politique de laisser filer le déficit.

Le Premier ministre coupe ainsi l'herbe sous le pied des frondeurs du Parti socialiste, qui épinglent régulièrement une politique jugée trop sacrificielle. De quoi faire retomber le débat sur l'austérité au sein de la majorité.

Pas question d'augmenter les impôts et la TVA

Manuel Valls montre qu'il a pris en compte une situation économique qui s'est dégradée - une situation "exceptionnelle" a jugé Michel Sapin. Dans ces conditions, il est hors de question d'augmenter l'impôt pour revenir dans les clous budgétaires, et encore plus de toucher à la TVA.

Le message envoyé à la majorité est donc que le gouvernement protégera tant que possible le pouvoir d'achat, quitte à aggraver les comptes publics.

En laissant dériver le déficit, il prend aussi de vitesse tous ceux qui, en interne, veulent s'affranchir des contraintes européennes. Mais Manuel Valls prend le risque d'un clash avec Bruxelles. Il devra convaincre la Commission que 4,3% de déficit en 2015, c'est le prix de la politique de l'offre.

Mathieu Jolivet