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Comment la SNCF a repensé les horaires et les lignes de TER pour répondre aux besoins vitaux

Seulement 18% du trafic des TER est assuré.

Seulement 18% du trafic des TER est assuré. - Philippe Huguen AFP

L'entreprise ferroviaire a adapté son plan de transport en raison de l'épidémie de coronavirus. Moins de 20% des TER circulent, et les horaires ont été modifiés, en concertation avec les régions, pour répondre aux besoins du personnel hospitalier et des usagers qui travaillent dans les secteurs essentiels à l'économie.

La SNCF accompagne le confinement en dédiant largement ses TER à la desserte des centres vitaux et en s'adaptant aux besoins des personnels hospitaliers, explique à l'AFP le responsable des relations avec les territoires. Et tant pis si les trains sont "très peu chargés".

"On a mis plusieurs jours pour adapter le plan de transport" à la nouvelle donne du coronavirus, raconte Frank Lacroix. "On l'a baissé de manière assez régulière. On est passé à 50% des trains, puis 30%, et maintenant on est à 18%".

Ce qui est très peu, mais bien plus que les 6% de TGV subsistants. Il faut dire aussi que le nombre de gares à desservir est nettement plus important.

Un travail de concertation

"On a beaucoup développé la concertation au niveau des territoires", souligne le responsable. "Entre la SNCF et les régions, on travaille énormément ensemble... Plus que jamais, j'ai l'impression!"

L'enjeu est important pour la compagnie, souvent critiquée pour être sourde aux demandes du terrain. Le nouveau patron de la SNCF Jean-Pierre Farandou a d'ailleurs nommé Frank Lacroix directeur général adjoint Territoires pour recoller les morceaux avec les élus locaux, au moment où ceux-ci pourraient être tentés par l'ouverture à la concurrence.

Résultat de ces discussions, relève Frank Lacroix, qui est aussi patron des TER, "on est passé de 100% à 18% de notre offre en faisant de la dentelle, en particulier pour le personnel hospitalier. C'est très nouveau pour nous."

Dans les Hauts-de-France par exemple, la SNCF avait commencé réduire la cadence de façon homogène. Avant de revoir sa copie en discutant avec les élus, les associations d'usagers, les CHU et l'agence régionale de santé, explique-t-il. "La pointe traditionnelle n'était pas dimensionnée pour le secteur hospitalier, et on a été amenés à modifier près d'un tiers des trains qu'on avait redessinés".

"On n'est plus dans une logique de gestion de trafic, on est dans une logique de desservir les centres vitaux", constate Frank Lacroix. "C'est un changement énorme, en fait!". La direction TER de la SNCF fait actuellement circuler chaque jour 1.351 trains et 461 autocars dans le pays, compte-t-il.

Des trains au bon moment pour le personnel hospitalier

Quant au nombre de passagers --un million par jour en temps normal--, il est "extrêmement faible", selon lui. "Je ne vais pas donner de chiffres, mais les trains sont très peu chargés".

"Et quelque part tant mieux, parce que ça veut dire que le confinement fonctionne bien. Ce qui compte, ce n'est pas de remplir les trains mais qu'ils soient là au bon moment pour le personnel hospitalier et les gens qui font vivre la Nation", insiste Frank Lacroix.

Certaines liaisons radiales vers Paris restent cependant relativement fréquentées, notamment depuis Amiens et Saint-Quentin, admet-il. "Quelques lignes ont été fermées", reconnaît-il aussi, notant que "la plupart du temps il y a des solutions de cars de substitution" et que "l'offre a été faite, dans tous les cas, en concertation avec les régions.

Et c'est également avec elles qu'il prépare désormais le déconfinement. "On attend de comprendre dans quel scénario on va se positionner", note le patron des TER.

Anticiper la remise en service

"Evidemment, puisqu'on ne connaît pas encore les scénarios, et bien on en envisage plusieurs", poursuit-il. "Je pense que ça sera quelque chose qui se fera sur mesure, territoire par territoire." "Il faut se rendre compte qu'aujourd'hui le service (...) est incroyablement réduit, comme il ne l'a jamais été. Et donc redémarrer tout ça va prendre du temps", prévient-il. 

"On a pour les TER, pas loin de 90% de nos matériels roulants qui sont garés aujourd'hui, qui ne roulent pas. Il faut que l'on anticipe la remise en service de ces matériels, des opérations de maintenance, de vérification, de sécurité... On ne va évidemment pas attendre l'ordre de démarrage pour faire toutes ces opérations".

Quant à savoir comment sera partagée la facture, "c'est beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions", estime-t-il. "On ne sait pas quand ça se terminera, on ne sait pas comment on va reprendre... On aura beaucoup de discussions, j'imagine, le moment venu avec les régions." Les abonnés TER, en tout cas, ne payeront pas en avril. Pour le reste, "on fera un bilan global à la fin", prévoit Frank Lacroix.

C.C. avec AFP