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Comment l’Allemagne a tiré profit de la crise grecque

Berlin a adopté une ligne particulièrement dure vis-à-vis de la Grèce (ici la chancelière Angela Merkel, le ministre des Finances Wolfgang Schauble et Karl-Josef Laumann, un cadre de la CDU).

Berlin a adopté une ligne particulièrement dure vis-à-vis de la Grèce (ici la chancelière Angela Merkel, le ministre des Finances Wolfgang Schauble et Karl-Josef Laumann, un cadre de la CDU). - Johannes Eisele - AFP

Selon des calculs d’un institut d'études économiques allemand, la première puissance économique européenne a notamment raflé de nombreux contrats de privatisations en Grèce. Mais elle a aussi profité de la politique très accommodante de la BCE.

Voilà qui ne devrait pas accroître la popularité du gouvernement allemand en Grèce. Berlin, partisan d’une ligne dure vis-à-vis d'Athènes, a fortement profité de la crise économique et financière qui frappe le pays, révèle un institut d'études économiques allemand ce lundi 10 août.

Selon les calculs de l'Institut Leibnitz de recherche économique (IWH), l'Allemagne a en effet pu réaliser depuis le début de la crise grecque en 2010, des économies budgétaires de l'ordre 100 milliards d'euros, soit plus de 3% du Produit intérieur brut (PIB). "Ces économies dépassent le coût engendré par la crise et ce même si la Grèce ne remboursait pas entièrement sa dette", écrivent les économistes. "L'Allemagne a donc dans tous les cas profité de la crise en Grèce".

100 milliards d'euros d'économies

Comment les experts de cet institut réputé ont-ils effectué leurs calculs? Ils ont procédé des simulations en partant du constat que, confrontés à une crise économique, les investisseurs cherchent le plus possible à réaliser des placements sûrs. "Durant la crise européenne de la dette, l'Allemagne a profité de cet effet de manière disproportionnée", selon eux. Autrement dit, la première économie d'Europe n'aurait jamais pu s'endetter sur les marchés aux taux dont elle a bénéficié si la Grèce n'avait pas été au centre des préoccupations. Ils ont également cherché à évaluer les effets politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) pour l'Allemagne durant cette période.

Leur conclusion: dans des circonstances normales, les taux auxquels l'Allemagne aurait emprunté depuis 2010 auraient été "3% plus élevés à ce qu'ils ont été dans la réalité". De quoi économiser au moins 100 milliards d'euros en l'espace de quatre ans et demi.

Attitude très dure vis-à-vis d'Athènes

L'Allemagne a également raflé d'importants contrats lors des privatisations menées tambour battant par Athènes depuis 2011, en échange de l'aide financière des Européens. Avant la victoire de Syriza aux élections, la société Fraport, associée à un entrepreneur grec, avait par exemple décroché le contrat de rachat de 14 aéroports régionaux grecs, dont certains très touristiques comme Corfou, pour environ 1 milliard d'euros. Le gouvernement Tsipars a bloqué le processus, mais se dit aujourd'hui prêt à ouvrir des discussions sur le sujet.

L'Allemagne a adopté un ton très ferme dans la crise grecque, martelant sans cesse la priorité aux mesures d'austérité malgré l'asphyxie de l'économie hellène. Elle a même été accusée par certains économistes et responsables politiques d'imposer son "diktat" lors des dernières négociations entre la Grèce et ses créanciers européens mi-juillet en vue d'un troisième plan d'aide.

La chancelière Angela Merkel s'est engagée de longue date auprès des contribuables à ce que les plans d'aide accordés à Athènes ne leur coûtent rien. Berlin est également radicalement opposée à un effacement partiel de l'abyssale dette grecque alors que la plupart des économistes et certaines institutions internationales comme le FMI la juge insoutenable (à plus de 170% du PIB).

Y.D. avec AFP