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Chômage, mensonges et statistiques

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L’enjeu sur les chiffres du chômage a été dramatisé avec les engagements du Président. Malgré le retour de la croissance qui reste minime, on avait annoncé une baisse spectaculaire en août qui vient d’être infirmée par le ministère du Travail.

A trop vouloir démontrer que tout va mieux, on en en arrive à donner aux statistiques une importance qu’elle ne devrait pas avoir. Sur le fond, on peut considérer que tous les indicateurs, ceux de l’emploi mais aussi ceux de la croissance sont plutôt en train de s’améliorer et de ce de façon assez cohérente. Mais il est clair que l’amélioration d’août était tellement spectaculaire qu’il y avait de quoi être intrigué. En fait, en agissant dans la précipitation et en semblant vouloir forcer le destin, le gouvernement a gâché d’une certaine façon cette forme d’événement qui marque une inversion de la tendance qui était à la détérioration depuis la rentrée de septembre 2011. Cela donne l’impression que selon le mot de Disraeli, un homme politique anglais du XIXe siècle, il y a en politique « les mensonges, les fieffés mensonges et par-dessus tout cela, les statistiques ». Nous sommes dans une phase plutôt de redémarrage économique, la Commission européenne s’est montrée favorable au projet de budget. Et le gouvernement, qui pourrait mettre en avant cette évolution positive se trouve piégé pour ne pas s’être montré suffisamment prudent.

Ce n'est pas le premier cas de « trouble statistique »

Non. Sans remonter aux statistiques mirobolantes des pays communistes d’antan ou à la controverse sur la situation budgétaire grecque, il y a toujours eu des débats sur l’honnêteté des chiffres fournis par les services officiels. Il y a pour éviter ce genre de problème de nombreuses instances de vérification de la qualité du travail des services statistiques. Il n’empêche que des doutes reviennent régulièrement. Parfois, cela relève d’une sorte de fantasme. Les études ont été multipliées pour démontrer que l’euro n’a pas conduit à une hausse des prix. Mais malgré cela, l’idée qui domine chez beaucoup est que le passage à l’euro fut inflationniste.
Parfois, les doutes paraissent plus justifiés. En janvier 2007, l'Insee avait annoncé qu'à la suite de "problèmes statistiques", il serait incapable de publier le taux de chômage pour 2006 en mars mais devrait en reporter la publication à septembre 2007, c'est-à-dire après les élections. Cela était dû au fait que le taux de chômage n'était pas descendu à 8,7% de la population active comme annoncé par le ministre du Travail mais s'était stabilisé à 9,2%.

Est-ce qu'on nous ment ?

Non, mais il ne faut pas demander plus à la statistique que ce qu’elle peut donner. En fait pour comprendre une situation, le niveau d’une mesure importe souvent moins que son évolution. En outre, il est souvent utile d’avoir plusieurs indicateurs et d’en vérifier la cohérence. 

Jean-Marc Daniel