BFM Business

Bruno Le Maire, un libéral tempéré grand maître de Bercy

Bruno Le Maire est nommé à Bercy

Bruno Le Maire est nommé à Bercy - THOMAS SAMSON / AFP

L'ancien candidat à la primaire de la droite et du centre récupère un des ministères les plus stratégiques du gouvernement Philippe.

Il assurait ne pas convoiter un portefeuille mais simplement vouloir aider le nouveau chef de l'État. Il jouera finalement les deux rôles. À 48 ans, le député de l'Eure, candidat malheureux à la primaire de la droite et du centre en novembre dernier, va donc intégrer le gouvernement d'Edouard Philippe. Et pas à n'importe quel poste. Bruno Le Maire devient ministre d'État en charge de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, comme l'a précisé son entourage à l'AFP.

Un rôle clé dans ce premier gouvernement. Les réformes économiques promises par le chef de l'État durant la campagne constituent en effet la clé de voûte de son programme et donc de son action gouvernementale. Réforme du droit du travail, baisse des charges patronales et salariales, baisse du taux d'imposition des sociétés, réforme de l'assurance chômage... Les chantiers qui attendent l'élu républicain sont de très grande ampleur.

Un proche du nouveau Premier ministre

Mais même si le nouveau ministre de l’Économie n’est pas issu du même camp qu’Emmanuel Macron, il assure s’être reconnu dans le programme du nouveau chef de l’État. C’est ce qu’il assurait le 8 mai dernier sur BFMTV:

"Si Emmanuel Macron est prêt, comme il l’a dit, à faire appel à des gens du centre-gauche, du centre, de la droite, de la droite gaulliste et qu’il fait une place dans la dignité, et non dans le débauchage, pourquoi fermerions-nous la porte à droite? Il dit: 'Ma première décision sera de réformer le droit du travail, de le simplifier, de simplifier le Code du travail'. Nous avons été des dizaines à droite et au centre à dire ça à longueur de journées sur les plateaux de télévision. Pourquoi on ne saisirait pas la main tendue pour le faire, enfin?"

La bande des quadras qui dînent ensemble le mardi soir

Il a donc accepté la main tendue d’Emmanuel Macron et peut-être surtout celle d’Edouard Philippe. Lui et le Premier ministre se connaissent bien. Issus de la même génération (Le Maire a un an de plus que Philippe), sortis tous deux de l’ENA à un an d’intervalle (1997 pour Philippe, 1998 pour Le Maire), les deux hommes avaient l’habitude de dîner ensemble le mardi soir près de l’Assemblée avec la bande des quadras des Républicains (Franck Riester, Benoist Apparu, Thierry Solère).

En arrivant à Bercy, Le Maire décroche donc son troisième portefeuille ministériel après les Affaires européennes (2008-2009) et l'Agriculture (2009-2012) dans les gouvernements Fillon. Auparavant, ce natif de Neuilly-sur-Seine qui a un profil plutôt littéraire (normalien et agrégé de lettres moderne) avait débuté après l'ENA au ministère des Affaires étrangères en 1998 avant de rejoindre Dominique de Villepin d'abord à l'Elysée puis à Matignon où il avait dirigé le cabinet de l'ancien Premier ministre entre 2006 et 2007.

Pas toujours heureux dans les élections 

Élu depuis 2007 dans la 1ère circonscription de l'Eure occupée pendant plus de deux décennies par Jean-Louis Debré où il a été parachuté, Le Maire a en revanche échoué à conquérir la Haute-Normandie aux élections régionales de 2010. Représentant l'aile progressiste de l'UMP (pas très loin de celle des juppéistes), Le Maire fait le pari du renouvellement en se présentant à la présidence du parti puis à la primaire en novembre dernier. À chaque fois des échecs. En 2012, il ne réunit pas le nombre de parrainages nécessaires pour se présenter à la présidentielle. En 2014, il fait un honorable 29% face à l'ancien président Nicolas Sarkozy pour la présidence du parti. 

Mais en 2016, il ne convainc pas la droite lors de la primaire et ne recueille que 2,4% des suffrages. Il avait pourtant tenté de se démarquer de ses concurrents, notamment de François Fillon et son programme ultra-libéral: "Je suis en désaccord avec plein de propositions de mes concurrents à la primaire qui se sont engagés dans une course à l'échalote 'plus thatchérien que moi tu meurs'" avait-il expliqué en mars 2016, avant de remettre le couvert en avril de la même année: "Il y a une surenchère à droite sur le thème: 'plus libéral que moi, tu meurs'".

Après sa défaite à la primaire, il appellera malgré tout à voter pour François Fillon. Nommé représentant pour les Affaires européennes et internationales dans le cadre de la campagne présidentielle, il claque la porte le 1er mars dernier lorsque le candidat LR est mis en examen. Il ne se rallie pourtant pas à Emmanuel Macron qu'il avait qualifié "d'homme sans projet qui porte une idéologie qui a planté la France" quelques jours plus tôt.

Le 3 octobre 2012, Bruno Le Maire avait démissionné de la fonction publique (corps des conseillers des Affaires étrangères). Il considérait que tout élu devait faire de même afin de promouvoir un "renouvellement des pratiques démocratiques". Il dénonçait une "logique de caste" qui permet aux hommes politiques membres de la fonction publique de pouvoir jouir d'une "sécurité totale" tout en demandant des efforts au reste des Français. Bruno Le Maire prône la suppression de la fonction publique territoriale et la fusion des conseils départementaux et régionaux.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco