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Bruno Le Maire: "Il faut redonner aux entreprises l’envie d’embaucher"

Bruno Le Maire a détaillé son programme économique  pour bfmbusiness.com.

Bruno Le Maire a détaillé son programme économique pour bfmbusiness.com. - Patrick Kovarik - AFP

Candidat à la primaire de la droite et du centre, celui qui entend incarner le "renouveau" de la vie politique expose pour Bfmbusiness.com son programme économique.

Député de l'Eure, ancien ministre, Bruno Le Maire est désormais candidat aux plus hautes fonctions de l'État. Pour Bfmbusiness.com, il expose ses principales mesures en matière d'économie. 

De combien voulez-vous réduire la dépense publique, et où comptez-vous trouver les économies nécessaires?

"Je propose de la réduire de 85 milliards d’euros, ce qui me paraît raisonnable et évitera au passage une purge aux Français. C’est moins que certains de mes concurrents, d’autant que j’estime qu’il faudra réinvestir dans la police, l’armée ou la justice.

Dans le détail, 50 milliards d’euros seront économisés au niveau du fonctionnement de l’État, et par la suppression d’emplois publics. Je propose une révolution digitale pour alléger les tâches administratives et le rétablissement de deux jours de carence pour les fonctionnaires, ce qui permettra aussi de réduire les dépenses. Les ministères devront également réduire leur train de vie, en préservant les militaires, policiers, magistrats et soignants.

En outre, 35 milliards d’euros d’économies concerneront la sphère sociale. Je propose une réforme des retraites et le recul de l’âge légal à 65 ans. Je supprimerai également les régimes spéciaux. D’autres économies seront réalisées dans le secteur de la santé : dans le but de responsabiliser le patient, celui-ci paiera un forfait aux urgences si son cas n’est pas réellement une urgence, par exemple."

Comment pensez-vous faire baisser le chômage?

"Premièrement, en accordant aux entrepreneurs la liberté dont ils ont besoin. Notamment en créant un CDD unique, renouvelable cinq fois. Ce qui permettra, entre autres, de limiter les indemnités prudhommales qui parfois mettent en danger la survie de l’entreprise, ou encore de concentrer les missions de l’inspection du travail sur la fraude et la sécurité. Il faut redonner aux entreprises l’envie d’embaucher, c’est pourquoi je propose un allègement total de charges patronales pendant un an pour les TPE qui embaucheraient entre le 1er septembre 2017 et le 31 janvier 2018, jusqu’à 2,5 Smic.

Deuxièmement, je souhaite un meilleur accompagnement des demandeurs d’emploi. Les allocations-chômage deviendront dégressives, et Pôle emploi sera privatisé. Les entreprises chargées de le gérer seront d’ailleurs rémunérées en fonction des résultats qu’elles obtiendront. En ce qui concerne les personnes au RSA, des emplois rebonds seront créés. Ils seront payés en-dessous du Smic, mais seront complétés par une allocation sociale unique. Enfin, je propose de réorganiser complètement la formation professionnelle, et de retirer sa gestion aux syndicats et au patronat. L’argent sera reversé aux salariés, qui disposeront d’un compte de formation libellé en euros et non plus en heures. "

Quelle serait votre première mesure économique? La première mesure du quinquennat précédent que vous supprimeriez?

"Ma première mesure sera de transformer le CICE en réelles baisses de charges. Et je supprimerai le tiers payant généralisé pour les médecins libéraux, car celui-ci dévalue leur métier." 

Pensez-vous baisser les impôts des ménages? Dans quelle mesure? Et ceux des entreprises ?

"L’impôt sur les sociétés baissera de 33% à 30% dans un premier temps, en convergence avec les autres pays européens. La fiscalité du capital, elle, n’excédera pas 25%. En ce qui concerne les ménages, je reste opposé à une hausse de la TVA, qui est à mon sens une solution de facilité. En revanche, je propose une baisse de la CSG de 7,5% à 6% pour tous les Français. Le plafond du quotient familial sera en outre relevé."

Supprimerez-vous les 35 heures? Si oui, maintiendriez-vous une durée légale du travail?

"Je supprimerai évidemment les 35 heures, mais je laisserai le soin aux entreprises le soin de négocier le temps de travail. Il s’agit, à mon sens, de la meilleure solution." 

Comptez-vous maintenir le nombre de fonctionnaires en France?

"Entre 2017 et 2022, 700.000 fonctionnaires vont partir à la retraite. Il me semble possible de supprimer 500.000 emplois publics sur la durée du quinquennat. Je supprimerai également le statut de la fonction publique territoriale pour les futures embauches dans les collectivités." 

Comment faire payer un impôt juste aux géants du web?

"Il faut absolument, comme évoqué plus haut, que l’impôt sur les sociétés soit harmonisé au niveau européen. Cela éviterait que l’on se retrouve dans une situation de dumping fiscal, comme on peut le voir en Irlande. Ensuite, ce sera à la Commission européenne de vérifier que les géants du web s’acquittent bien de leurs impôts sur le continent." 

Quelle est votre position sur le traité transatlantique et êtes-vous favorable à l’instauration de tribunaux d’arbitrage privés?

"Je suis défavorable au Tafta, pour une bonne raison : cela n’apportera aucune réponse en termes de développement du commerce, et cela dévalorisera un pan entier de notre économie, en particulier l’agriculture. Je regrette également les modalités de négociations opaques.

Concernant l’arbitrage privé, c’est un mode de résolution des litiges qui doit être réservé aux grands acteurs économiques et pour des conflits dans des pays dans lesquels l’état de droit n’est pas garanti. Nous avons dans tous les pays européens une justice indépendante qui est largement à même d’assurer la sécurité de nos transactions." 

Pensez-vous qu’une entrée de la Turquie dans l’UE serait bénéfique économiquement?

"Ce ne serait pas une bonne chose. Je suis favorable au renforcement des accords commerciaux avec la Turquie, mais son entrée entraînerait des déséquilibres politiques qui pourraient menacer l’Union européenne."