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Brexit: Un avenir incertain pour Theresa May

Theresa May devant le 10 Downing Street à Londres.

Theresa May devant le 10 Downing Street à Londres. - AFP

Deux jours après le feu vert du gouvernement britannique au projet d'accord de Brexit, la Première ministre Theresa May a semblé un peu requinquée ce vendredi. Les bourses européennes, elles, terminent globalement dans le rouge.

Une bouffée d'oxygène pour Theresa May. Après avoir obtenu le feu vert du gouvernement britannique au projet d'accord sur le Brexit, elle a reçu ce vendredi le soutien de deux poids lourds europhobes de son gouvernement et trouvé un remplaçant au ministre démissionnaire du Brexit.

C'est donc Stephen Barclay, 46 ans, avocat spécialisé dans la réglementation financière et eurosceptique, qui reprend le fauteuil de Dominic Raab. Ce dernier avait jeté l'éponge jeudi, au lendemain de la validation du projet d'accord de Brexit par le gouvernement britannique. Le nouvel arrivant s'est dit "ravi" d'assurer ce rôle, affirmant qu'il fallait «maintenant poursuivre sur notre lancée pour finaliser l'accord de retrait, définir la déclaration politique et organiser un Brexit qui fonctionne pour l'ensemble du Royaume-Uni».

Theresa May a également reçu le soutien de deux ministres pro-Brexit ce vendredi: celui de l'Environnement, Michael Gove, et celui du Commerce international, Liam Fox. Un coup de pouce pour Theresa May, secouée par les défections de la veille. Des départs motivés notamment par le sort particulier réservé à la province britannique d'Irlande du Nord après la sortie de l'UE dans le compromis de divorce conclu par Londres avec l'Union européenne.

La menace d'un vote de défiance

Theresa May reste menacée d'un vote de défiance de députés de son propre camp, partisans d'une rupture nette avec l'UE. Jacob Rees-Mogg, dirigeant du groupe parlementaire eurosceptique European Research Group, est à la manoeuvre, l'accusant d'avoir trahi les promesses faites au peuple britannique sur le retrait de l'Union. Il a déjà rallié au moins 22 députés tories, mais a besoin de 48 d'entre eux pour organiser un tel vote de défiance. Il faudrait ensuite qu'une majorité de députés conservateurs votent contre Theresa May.

Dans le même temps, la cheffe de l'éxècutif lance une opération séduction auprès des britanniques pour tenter de les convaincre des bienfaits du projet d'accord. Elle a brandit la menace d'un retour en arrière sur le Brexit, prévu le 29 mars 2019, si elle n'obtenait pas de soutien au Parlement. «J'ai moi-même des inquiétudes» a admis Theresa May, «mais dans toute négociation, il faut faire des compromis». Des députés de tous bords lui ont déclaré qu'il n'y avait aucune chance que le plan obtienne leur aval en décembre. Le ton est donné.

Pour le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, les Brexiters ont désormais le choix entre "le reniement de leur promesse politique absurde ou le désastre économique". Comme la chancelière allemande Angela Merkel, l'Elysée a de son côté exclu toute renégociation de l'accord conclu entre Londres et le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier.

Le point le plus controversé du projet d'accord de 585 pages réside dans le «filet de sécurité» prévoyant le maintien de l'ensemble du Royaume-Uni dans une union douanière avec l'Union européenne, ainsi qu'un alignement réglementaire plus poussé pour l'Irlande du Nord, si aucun accord sur la future relation entre Bruxelles et Londres n'était conclu à l'issue d'une période de transition de 21 mois après le Brexit et prolongeable une fois.

Signe des doutes sur le Brexit, les Bourses européennes ont globalement terminé dans le rouge ce vendredi. Les valeurs les plus exposées à l'économie britannique ont poursuivi leur repli, après avoir dégringolé la veille. La Bourse de Londres a terminé en baisse de 0,34%. A Paris, le CAC 40 a terminé en léger repli, moins 0,17%, soit 8,42 points, pour terminer à 5.025,20 points. A Francfort, le Dax a cédé 0,11 %, la Bourse de Milan a terminé en baisse, et à Madrid l'indice Ibex 35 a clôturé à moins 0,18%. La Bourse de Bruxelles a elle terminé en hausse de 0,10 %.

Un marché très prudent lié aux incertitudes sur le Brexit, mais aussi en partie au bras de fer entre la Commission européenne et Rome autour du budget italien.

Sandrine Serais avec AFP