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Brexit : la Banque d’Angleterre affiche un pessimisme mesuré

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La banque centrale revoit ses prévisions de croissance à la baisse mais laisse ses taux inchangés. En cause, le ralentissement mondial mais pas un Brexit dur, scénario qui pour le moment n’a pas ses faveurs. Une étude officielle contredit pourtant ces prévisions.

La Banque d’Angleterre (BoE) affiche son pragmatisme. En mai, elle considérait que l’économie du pays était suffisamment résiliente pour revoir ses provisions de croissance à la hausse, malgré la perspective du Brexit. Mais la détérioration de la croissance européenne combinée à l’arrivée de Boris Johnson au 10 Downing Street, partisan d’un Brexit dur, ont douché cet enthousiasme.

« La croissance sous-jacente semble avoir ralenti depuis 2018 à un rythme inférieur au potentiel, reflétant à la fois l'impact de l'intensification des incertitudes liées au Brexit sur l'investissement des entreprises et de la croissance mondiale plus faible sur le solde commercial », écrit la BoE dans un communiqué.

Dans son rapport trimestriel sur l'inflation publié jeudi, l'institution prévoit dorénavant une croissance à 1,3% en 2019 et 2020 contre respectivement 1,5% et 1,6% dans son précédent rapport datant de mai. Elle sera nulle au deuxième trimestre de cette année, après avoir enregistré une hausse de 0,5% au premier trimestre.

Un changement de ton notable même s’il n’est aucunement fait mention d’une récession à venir. D’ailleurs, la BoE table sur un rebond fort de 2,3% en 2021. Autre illustration de ce pessimisme mesuré, la BoE n’a pas baissé ses taux et n'a pas signalé qu'elle envisageait de le faire contrairement aux autres grandes banques centrales.

Décalage

Pourtant, selon une enquête citée par le MPC, de plus en plus d'entreprises considèrent que l'incertitude du Brexit, prévu désormais le 31 octobre après avoir été reporté à deux reprises, va se poursuivre pendant plusieurs années. Environ 30% des sociétés interrogées jugent même que l'incertitude va s'étendre au-delà de 2020, ce qui risque de peser sur l'investissement dans le pays.

Pire, selon l'Office de Responsabilité Budgétaire (OBR), la récession sera bien au rendez-vous en cas de Brexit dur. « Le Royaume-Uni entrera en récession au quatrième trimestre 2019, pour une durée d'un an. Le PIB tombera de 2,1 % », explique le rapport de l'OBR.

D'ici à la mi-2021, le PIB serait 4 % plus bas que ce qu'avait prévu l'OBR en mars dernier en cas de Brexit avec accord. La livre sterling chuterait de 10 % immédiatement après le départ britannique dans ce scénario sans accord. Les prix de l'immobilier résidentiel tomberaient de près de 10 % entre le début de 2019 et la fin de 2021.

Ce décalage assez profond s’expliquerait en partie par le fait que la BoE croit toujours à un accord avec l’Union. « Dans le cas d'un Brexit sans accord, le taux de change de la livre reculerait probablement, l'inflation augmenterait et la croissance du PIB ralentirait », ajoute néanmoins la BoE, même si elle ne fait pour l'instant pas de cette hypothèse son scénario central.

Ce qui n’est pas le cas des acteurs du marché de changes : la livre sterling est tombée jeudi à un niveau sans précédent depuis 2017 face au dollar.

Olivier CHICHEPORTICHE