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Boris Johnson "va essayer de creuser des failles" dans l'unité des 27

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Pierre-Jérôme Henin, ancien conseiller de Michel Barnier, président de The Progressive Company, estime que les prochaines négociations entre Londres et Bruxelles vont être particulièrement ardues.

Acte 2 du Brexit. Londres et Bruxelles s'apprêtent à donner le coup d'envoi des négociations qui devront poser les fondations de leur future relation, après le départ britannique du giron européen. Si le Brexit sera officiel le 31 janvier à minuit, une période de transition débute à compter du 1er février pour plusieurs mois. Pour Pierre-Jérôme Henin, ancien conseiller de Michel Barnier et président de The Progressive Company, cela s'annonce difficile.

Les négociations "vont reprendre au début du mois de mars" et "devraient s'achever autour de la mi-octobre", explique-t-il. "Ce temps est beaucoup trop court. Juste pour vous donner une idée: quand la Commission a négocié un accord commercial avec le Canada, ça a pris sept ans. On ne voit pas très bien comment en l'espace de sept à huit mois on pourrait reconstruire complètement une relation commerciale avec le Royaume-Uni", assure-t-il.

On commence "à se rendre compte qu'on va manquer de temps pour tout négocier (…). L'Union européenne c'est 600 accords de tous types (…), dont 40 accords commerciaux (…) négociés au nom des Etats membres et donc aussi au nom du Royaume-Uni. Si le Royaume-Uni veut se retrouver dans des accords avec ces 40 pays, il doit lui aussi négocier", rappelle Pierre-Jérôme Henin.

"On est dans une négociation, avec chacun qui sort ses cartes, chacun qui sort ses atouts. Boris Johnson (…) agite déjà des leviers comme une relation de proximité avec les Etats-Unis (…) pour négocier une nouvelle relation commerciale. On voit qu'il commence aussi à agiter le spectre" de la pêche et "on connait l'importance des eaux britanniques pour les pêcheurs français", poursuit l'ancien conseiller de Michel Barnier. C'est une négociation "qui s'annonce extrêmement ardue".

"Creuser des failles" entre les Vingt-Sept

"Boris Johnson va essayer de creuser des failles" dans l'unité des Vingt-Sept. "Le fait d'utiliser l'argument pêcheurs (…) rend cette question extrêmement épineuse en France", avance Pierre-Jérôme Henin. "Ce sera du donnant-donnant, ça va être une négociation où chacun a des atouts dans son jeu, qu'ils vont abattre au fur et à mesure. Vous avez aussi une forte pression sur l'industrie automobile allemande qui veut absolument garder le Royaume-Uni comme un débouché majeur pour ses exportations de voitures", poursuit-il.

"Ça a été dur de négocier l'accord de divorce, ça va être encore plus dur de négocier les termes d'une nouvelle relation, qui prendra vraisemblablement l'aspect d'un accord de libre-échange 'ad hoc', c'est-à-dire spécialement conçu pour la relation avec le Royaume-Uni", conclut Pierre-Jérôme Henin.

Jérémy Bruno