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Baromètre 2018 des grandes entreprises: une belle année à ne pas gâcher

Parmi les défis prioritaires, le développement de l’activité gagne en importance, à part égale avec les défis RH, parmi les grandes entreprises françaises.

Parmi les défis prioritaires, le développement de l’activité gagne en importance, à part égale avec les défis RH, parmi les grandes entreprises françaises. - Sébastien Bozon-AFP

De grandes entreprises françaises qui considèrent que l’environnement mondial n’a jamais été aussi porteur et placent en la France des espoirs jamais vus depuis la création, il y a 11 ans, de notre baromètre des Grandes Entreprises, réalisé par l’Observatoire BFM Business et Eurogroup Consulting avec L’Express.

Les grandes entreprises françaises n'ont jamais été aussi optimistes sur la situation économique internationale et hexagonale. C'est le principal enseignement du baromètre 2018 réalisé par l’Observatoire BFM Business et Eurogroup Consulting avec L’Express. Comme chaque année, les 100 principales entreprises tricolores (CAC, une partie du SBF 120, quelques grandes sociétés familiales et plusieurs ETI emblématiques du paysage économique national) ont livré leur sentiment sur leurs projets pour l’année à venir en matière d’activité, d’investissement, d’embauches, en France comme à l’étranger.

Premier constat: les entreprises tricolores anticipent non seulement une accélération de la croissance sur les grands marchés mondiaux, mais elles s’attendent également à une accélération de la croissance en France, prolongeant la dynamique de 2017… dont elles avaient largement sous-estimé l’ampleur il y a un an. Aujourd’hui, ce sont 7 dirigeants de grandes entreprises sur dix qui anticipent une augmentation de leur volume d’affaires!

Deuxième constat: la dynamique française ne souffre plus de la comparaison avec la dynamique internationale. Ainsi, pour la deuxième fois seulement depuis que notre Baromètre a été lancé en 2006, les perspectives d’activité ne sont pas meilleures à l’étranger qu’en France. Logique: tous les indicateurs sont en train de passer au vert dans l’Hexagone. Les perspectives de rentabilité ont littéralement rebondi après les craintes exprimées il y a un an. Parce que la marche des affaires s’accélère, bien sûr, mais aussi parce que la politique lancée par Emmanuel Macron emporte l’adhésion des patrons: 79% d’entre eux plébiscitent la réforme du marché du travail, deux sur trois applaudissent l’allègement de la fiscalité sur les entreprises et la réforme de la formation professionnelle, quatre sur dix appuient la politique européenne et la politique écologique de la France.

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- © Source : baromètre 2018 des grandes entreprises françaises

Troisième constat: en matière d’investissement, les intentions de sortir les projets des cartons n’ont jamais été aussi manifestes depuis la crise de 2007-2008 et le sursaut qui a suivi, en 2011, la récession de 2009. Il faut remarquer depuis 2016, la convergence croissante des intentions d’investissement dans le monde et en France. Une convergence qui reflète la nature des nouvelles priorités d’investissement: il s’agit aujourd’hui moins de construire des usines ou des bureaux là ou la demande est porteuse, que d’adapter les processus de production et les organisations aux nouvelles règles du jeu digital.

Quatrième constat: si la modernisation de l’outil de production monte encore en puissance cette année, les embauches ne sont pas délaissées pour autant. Mieux: la priorité sera clairement au recrutement dans l’Hexagone, davantage qu’à l’étranger, où l’accroissement des effectifs devrait marquer le pas. Le dégel du marché du travail est spectaculaire: en 2015, le nombre de dirigeants qui annonçaient des réduction d’effectifs était supérieur de 25% au nombre de dirigeants qui comptaient créer des postes. Aujourd’hui, ceux qui étoffent leur personnel sont 19% plus nombreux que ceux qui le réduisent.

Les patrons des grandes entreprises ont également livré leurs principales inquiétudes pour cette année. Plusieurs craintes mises en avant en 2016 se sont fortement estompées, voire ont disparu: les défaillances de clients, la hausse des cours du pétrole, notamment. Vis-à-vis de la stabilité et de la position de l’Union européenne, c’est un véritable soulagement qu’expriment les dirigeants d’entreprise, après les inquiétudes provoquées par le Brexit en juin 2016 et les nombreuses échéances électorales à haut risque qui jalonnaient 2017, notamment aux Pays-Bas et en France.

  • Le retour de l’inflation et l’instabilité des marchés financiers ne sont pas encore évoqués comme des risques, l’alerte demeure sur les tensions géopolitiques. Mais les inquiétudes majeures des principaux dirigeants d’entreprise françaises demeurent l’adaptation aux multiples changements de réglementation, porteuse de risques juridiques et législatifs, et surtout les cyber-risques, contre lesquels il est prioritaire de se protéger.

Concernant la situation interne aux entreprises, la préoccupation majeure n’est plus la réduction des coûts de production et d’approvisionnement, pas plus que la croissance externe, les délocalisations ou l’externalisation, mais bel et bien la valorisation du capital humain, au moment où le décalage entre les besoins des entreprises et les compétences des demandeurs d’emploi a rarement paru aussi grand.

Priorité, d’abord, au développement d’une culture du changement et de l’innovation au sein de l’entreprise, puis au maintien et au développement des compétences clés pour l’entreprise, et à l’adaptation, enfin, des métiers aux outils digitaux. Car c’est bel et bien, demain, sur le manque de capital humain performant que risque de buter la croissance d’une entreprise, plus que sur le capital physique ou les moyens financiers. Plus que toute autre, 2018 sera une année à ne pas gâcher.