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Antiterrorisme: de quels moyens dispose vraiment la France?

Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, est à la tête de la DGSI chargée de traquer les terroristes en France

Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, est à la tête de la DGSI chargée de traquer les terroristes en France - Dominique Faget-AFP

Après les terribles attentats de vendredi, François Hollande doit s'exprimer sur la lutte contre le terrorisme ce lundi devant le Congrès. Mais quels sont exactement les moyens à la disposition de la France ? BFMBusiness fait le point.

La France est en guerre. Après les attentats qui ont frappé Paris vendredi soir, l'exécutif a annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre les mouvances terroristes, dans l'Hexagone comme à l'extérieur des frontières. 

Quels sont justement les moyens en matière de lutte antiterroriste, plus particulièrement en matière de renseignement? Le dernier rapport de la Délégation parlementaire au renseignement coprésidée par l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin et le député PS Jean-Jacques Urvoas, l'un des artisans de la nouvelle "loi renseignement" publiée en juillet dernier, donne des indications très précises. 

13.000 fonctionnaires 

Le document rappelle que la France possède en tout six services de renseignements (voir ci-dessous). La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et le tout nouveau Service central de renseignement territorial, le SCRT, (les ex-Renseignements généraux) dépendent du ministère de l'Intérieur.

La Direction générale de la sécurité extérieure, ex-Sdece, et la Direction du renseignement militaire (DRM), dépendent, elles, de la Défense. Enfin, Le ministère des Finances chapeaute deux services qui recueillent des informations sur le financement du terrorisme: la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), et Tracfin, chargé du blanchiment d'argent. 

Au total, plus de 13.000 fonctionnaires et contractuels sont affectés à des tâches de renseignement et de lutte antiterroriste en France dont 5.000 à la DGSE et 3.000 à la DGSI. Les effectifs de cette dernière devraient augmenter de 432 personnes d'ici à 2018. En comparaison, les effectifs de police atteignent 145.000 personnes et ceux de gendarmerie 97.000. 

Les budgets de tous ces services ont atteint l'an dernier 1,4 milliard d'euros. Si l'on ajoute les crédits affectés par la Délégation générale pour l'armement (DGA) à l'achat de matériels techniques, les indemnités versées aux opérateurs téléphoniques pour les écoutes de personnes suspectes, ou encore les dépenses de la Préfecture de police de Paris en matière de renseignement, on arrive à 1,98 milliard, estime le rapport parlementaire. 

Concurrence des services

Le rapport constate que le manque de moyens est peut-être moins criant qu'il n'y paraît. Et que le problème principal réside dans la coordination des différents services, comme d'ailleurs dans beaucoup de grandes démocraties. Chaque service a, en effet, tendance à garder pour lui les informations qu'il recueille sans les transmettre aux autres. Ainsi, entre la Préfecture de police, chargée de la surveillance et de la recherche de renseignement dans la capitale et en petite couronne, et la DGSI compétente ailleurs, le courant ne passe pas toujours. De même, la DGSI est en concurrence avec la sous-direction antiterroriste de la Direction générale de la police nationale (DGPN), pourtant dépendante aussi de la Place Beauvau. 

Afin de rationaliser ses implantations en province, Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, a d'ailleurs réformé la DGSI en avril 2014. Il a également décidé de recréer les Renseignements généraux sous le nom de Service central de renseignement territorial (SCRT), aussi bien pour faire remonter les informations économiques et sociales que de mieux suivre les mouvements identitaires dans les banlieues sensibles. 2.000 fonctionnaires sont affectés à ces tâches. 

50 millions de "fonds spéciaux" à la disposition de Matignon

Comme chaque année, le projet de budget 2016 prévoit une ligne de crédits dits "évaluatifs" de 50 millions d'euros au titre des fonds "destinés à la sécurité extérieure et intérieure de l'Etat".

Traditionnellement, l'essentiel de ces "fonds secrets" va à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), qui dispose par ailleurs de son propre budget de fonctionnement (près de 50 millions).

Mais ces fonds financent également "les dépenses à caractère sensible" du Groupement interministériel de contrôle (GIC), en clair les écoutes téléphoniques liées au renseignement, au terrorisme et aux grosses affaires de drogue.

En fait le montant des fonds spéciaux est presque toujours dépassé en fin d'année. En effet, le gouvernement abonde ces crédits en fonction des contraintes qui restent par nature secrètes. Il le fait de façon confidentielle par décret non publié au Journal Officiel. En 2014, pour 51,7 millions de dotation initiale, les fonds spéciaux se sont montés à 68,8 millions d'euros. 

>>>> Les services de renseignement français:

> La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Créée en 2008 et réformée en 2013, elle a succédé à la Direction de la surveillance du territoire (DST). Elle est principalement chargée de lutter contre les activités terroristes sur le sol français.

> Le Service central de renseignement territorial (SCRT)

Héritier des fameux RG et implanté dans chaque département, il est chargé d'informer l'exécutif sur l'état de l'opinion et la situation économique et sociale. Le gouvernement lui a aussi assigné comme mission nouvelle de surveiller l'économie souterraine qui peut parfois financer les mouvances terroristes. 

> La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) 

Dépendant de Matignon et de la Défense, elle collecte les renseignements à l'étranger. Elle dispose également d'un "service action" composé de militaires et chargé des opérations dites "spéciales".

> La Direction du renseignement militaire (DRM)

Dépendant également du ministère de la Défense, la DRM, exclusivement composée de militaires, est chargée d'analyser pour les états-majors des trois armes les renseignements collectés en territoire extérieur par les moyens aériens et les forces spéciales. 

> La Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED)

Les Douanes disposent d'un service peu connu chargé de collecter les informations sur les grands trafics internationaux, armes, stupéfiants, tabacs...

> Tracfin

Dépendant de Bercy, ce service est chargé de récolter les informations sur les circuits financiers clandestins, le blanchiment d'argent, et le financement du terrorisme. 

Patrick Coquidé