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300 000 salariés étrangers low-cost en France : «De la concurrence déloyale»

C'est dans le BTP que sont principalement employés des salariés étranegrs low-cost (33% des salariés).

C'est dans le BTP que sont principalement employés des salariés étranegrs low-cost (33% des salariés). - -

Une directive européenne permet aux entreprises françaises d'employer des salariés étrangers à moindre coût. Une opportunité, selon certains chefs d'entreprises. Une concurrence déloyale, selon d'autres.

On se souvient tous de la polémique autour de la directive Bolkenstein, en 2006, et de l’exemple du plombier polonais embauchable en France avec un salaire polonais, créant ainsi de la concurrence déloyale défavorable au salarié français. Si, face au tollé qu’elle provoqua, la directive a fini à la poubelle, l’emploi de main d’œuvre low cost étrangère en France est aujourd’hui une réalité. On estime qu’environ 300 000 travailleurs étrangers « à bas coût » sont employés dans notre pays. Ils coutent 30 à 50% moins chers pour les entreprises. Une directive européenne impose en effet de les payer comme les salariés français, sauf que le coût des charges sociales reste celui du pays d’origine. Ce qui donne au final une différence importante de coût salarial quand une entreprise emploie des salariés polonais ou roumains par exemple.

« La différence de coût est quasiment de un à deux »

Si tous les secteurs sont touchés, les principaux employeurs concernés sont ceux du BTP (33% des travailleurs détachés), de l’industrie (25 %) et du travail temporaire (20 %). La démonstration de Johann Bencivenga, président de la fédération du BTP des Bouches-du-Rhône, est implacable : « Un salarié français qui gagne 1 500 euros par mois coute 3 150 euros à l'employeur français. Quand un salarié polonais touche 1 500 euros par mois, il n'y a que 20% de charges et il ne coute donc que 1 800 euros à l'employeur. La différence est quasiment de un à deux ».

« On ne le fait pas par facilité, mais à cause de la pression économique »

C’est ce qui explique que, comme beaucoup de ses confrères, Thierry Tartari, entrepreneur dans le BTP à Marseille, n’hésite pas à faire appel à des entreprises étrangères sur ses chantiers. Il explique qu’il n’a pas d’autre choix. « Je n'ai pas du tout le sentiment que les entreprises étrangères que je fais intervenir soient des exploiteurs, se défend-il sur RMC. Il y a un contrôle systématique de l'inspection du travail. Aujourd'hui je suis basé dans les Bouches-du-Rhône, si j'ai un chantier dans les Pyrénées-Atlantiques ou les Pyrénées-Orientales, je ne peux plus envoyer mes gars, parce que c'est trop cher. Ils ne veulent pas y aller, donc je suis obligé de trouver une solution pour faire quand même le chantier. On ne le fait pas par facilité, mais à cause de la pression économique. Je suis en train d'essayer de sauver ma boîte et je fais en sorte de continuer de payer 100 salariés en France, avec les cotisations françaises, et quand j'ai la chance de faire des bénéfices je paie l'impôt sur les sociétés ».

« De la concurrence déloyale »

« C'est de la concurrence déloyale, ni plus ni moins, accuse Fabrice Greffet, dirigeant d’une entreprise d’intérim à Marseille. Pour gagner de l’argent, les entreprises ne font plus appel à nous. C'est facile de dire "les Français sont fainéants, ils ne veulent pas travailler". Ça c'est pour la bonne conscience des entreprises qui emploient ces travailleurs étrangers ».

Philippe Gril avec Lionel Dian