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Draghi a-t-il sauvé la France?

Mario Draghi et François Hollande en septembre 2014 (photo d'illustration)

Mario Draghi et François Hollande en septembre 2014 (photo d'illustration) - Alain Jocard - AFP

Baisse du chômage, moral des ménages en hausse… les indicateurs positifs se multiplient. Quel rôle joue le patron de la Banque centrale européenne dans l'embellie de l'économie française? Eléments de réponse.

Des "signaux positifs" pour la reprise sont en vue. Voilà comment Michel Sapin a résumé l'état de la conjoncture française, mardi 25 février sur France Info.

Les derniers indicateurs ne donnent d'ailleurs pas tort au ministre des Finances: baisse du nombre de demandeurs d'emploi, regain d'optimisme des ménages et des entreprises, hausse de l'emploi intérimaire (voir vidéo), accélération de l'activité mesurée par l'indicateur PMI de la société Markit…

"La reprise est pour le moment modeste mais on sent qu'elle va vers un phénomène d'accélération", considère Alexandre Baradez, chef analyste chez IG.

Du mieux pour le second semestre

"On assiste à une amorce de reprise. Il faut davantage le voir comme un encouragement.", nuance de son côté Frederik Ducrozet, économiste chez Crédit Agricole CIB. Néanmoins "il y a un cocktail positif" et "toutes les conditions sont réunies pour que la conjoncture française s'améliore de façon plus visible d’ici l’été", poursuit-il.

A quoi est due cette amélioration? Pas aux réformes en tout cas. Mercredi, la Commission européenne a d'ailleurs encore exhorté Paris a mettre le pied sur l'accélérateur en présentant en avril un PNR (plan de réforme nationale) pour éviter de tomber sur le coup des sanctions.

"La France ne fait pas réellement de réformes structurelles, contrairement aux pays périphériques de la zone euro dont on voit la croissance repartir (Portugal, Espagne). Je dirais qu'au mieux 25% de l'amélioration est éventuellement due aux quelques réformes déjà annoncées. Mais les trois-quarts restants proviennent de l'embellie que connaît la zone euro, notamment grâce à l'action de la BCE", décrypte Alexandre Baradez.

Un effet indirect

A la mi-janvier, Mario Draghi, le patron de la Banque centrale européenne a procédé à toute une série d'annonces fortes pour permettre à l'inflation et à la croissance de repartir. Pour Alexandre Baradez ces déclarations ont généré des anticipations qui ont affaibli le niveau de l'euro et permis à l'ensemble des pays de l'Union monétaire de connaître une reprise plus forte que dans l'Hexagone.Or la "France bénéficie de cette reprise globale, notamment au niveau de ses exportations", ajoute-t-il, même si d'autres facteurs, tels que la baisse du pétrole, entrent également en compte.

Frederik Ducrozet dresse un constat similaire: "on ne peut pas lier directement l'amélioration de la conjoncture française à l'action de la Banque centrale européenne. Mais il y a un effet indirect, notamment grâce à la chute de l’euro qui est au moins partiellement le fait de la BCE".

"Surtout, la France a, plus que d'autres pays, bénéficié de l'effet de la BCE sur ses taux d'emprunt qui sont aujourd'hui à des niveaux complètement déconnectés (0,57% sur le 10 ans) des fondamentaux économiques du pays. Or ces taux ont une influence directe sur le marché de l'immobilier et jouent ainsi sur le moral des ménages", complète-t-il.

"La politique monétaire de la BCE est de nature à donner confiance aux acteurs économiques. C'est un signal positif et on voit qu'il y a un capitaine à bord de la zone euro (en la personne de Mario Draghi, ndlr)", s'est pour sa part réjouie Mathilde Lemoine, économiste chez HSBC, sur BFM Business.

Draghi bien parti pour tenir son pari

Reste à savoir si, au-delà de la conjoncture française, Mario Draghi et la BCE peuvent réussir leur mission et faire effectivement redémarrer le crédit et l'inflation. Sur ce point, les économistes sont plutôt optimistes. "On voit sur l'ensemble des derniers mois une remontée très encourageante des encours de crédit en zone euro. Il est vrai, pour le moment, que les prix ne repartent pas à la hausse, mais cela est largement dû à la baisse des prix du pétrole. Alors que le programme de QE ("Quantitative easing", le programme de rachats d'actifs de la BCE, ndlr) va démarrer prochainement, Draghi a toutes les chances de tenir son pari", détaille Frederik Ducrozet.

Alexandre Baradez ne dit pas l'inverse: "la faiblesse de l'inflation ne s'observe pas qu'en zone euro mais aussi dans d'autres pays comme aux Etats-Unis, en raison de la baisse des prix du pétrole. On l'a vu avec le discours de Janet Yellen, mardi et mercredi. Mais la reprise progressive de l'activité en zone euro devrait compenser cet effet et permettre aux prix de se stabiliser puis petit à petit de remonter".

Julien Marion