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Des vaccins Pfizer produits par Sanofi? Pourquoi ce n'est pas si simple

Pressé par l'Etat, Sanofi réfléchit à la manière dont il pourrait produire les vaccins anti-Covid de Pfizer ou Janssen. En réalité, de nombreux obstacles sont encore à surmonter. 

Sanofi est prêt à rejoindre l'effort de guerre? Alors que Pfizer doit faire face à des retards de livraison, le laboratoire français avait indiqué début janvier réfléchir à produire des vaccins concurrents de ceux qu'il développe actuellement.  

"Bien que nous restons déterminés à développer et à mettre sur le marché les deux vaccins candidats sur lesquels nous travaillons, nous évaluons actuellement en interne la potentielle faisabilité technique d'effectuer temporairement l'exécution de certaines étapes de fabrication pour soutenir d'autres fabricants de vaccins COVID-19" affirmait le groupe.

La semaine dernière, la ministre déléguée chargée de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher avait même évoqué deux vaccins : celui de Pfizer et celui de l'américano-belge Janssen, dont les premiers retours s'avèrent très encourageants et dont on peut espérer une mise sur le marché au mois de mars ou avril.  

Sanofi a, en revanche, pris du retard. Son vaccin le plus prometteur est attendu pour la fin de l'année tandis que l'autre, utilisant la technique de l'ARN messager, prendra plus de temps à être opérationnel. 

Mise aux normes

Compte tenu de la demande en vaccin, le groupe français pourrait donc adapter ses chaînes de production pour produire des vaccins rivaux. "Sanofi saura le faire, ils ont la technologie" confirme Patrick Biecheler, managing partner chez Roland Berger. "Mais il y a des limitations". 

Rien que pour le remplissage des flacons, la dernière étape de la production, cela demande du temps de mise aux normes et de la formation du personnel, explique un syndicat à BFM Business. Et cela pourrait prendre plusieurs semaines. "Et encore faudra-t-il obtenir les flacons" poursuit Patrick Biecheler. La filière du flacon en verre, qui tourne déjà à marche soutenue, sera encore plus sollicitée à mesure que de nouveaux vaccins arriveront sur le marché.  

De la même façon, s'il s'agit de produire également les antigènes, le principe actif en amont, cela nécessite encore plus d'adaptations et un délai supplémentaire de plusieurs mois, explique un épidémiologiste. 

Transfert de technologies

Reste encore un obstacle de taille. Produire un vaccin concurrent implique un transfert de technologies et de brevets. Il faudrait donc que les autres laboratoires acceptent de délivrer à Sanofi quelques-uns de leurs secrets industriels.  

Dans quel cadre? À quel prix? Pour le moment rien n'est tranché. Et certains pourraient être réticents à accepter la main tendue sachant que Sanofi développe justement de son côté deux vaccins, l'un classique avec GSK et l'autre avec une biotech américaine qui utilise la technologie de l'ARN messager. "Je ne pense pas que ce soit un obstacle" juge Patrick Biecheler. "Les transferts de technologie se font régulièrement." 

Après tout, Pfizer a bien transmis à plusieurs sous-traitants ses recettes pour qu'ils produisent le fameux vaccin. Bien sûr, les façonniers n'ont pas d'enjeu de développement, comme un laboratoire, mais la pression populaire et politique pourrait rapidement tirer un trait, en tout cas temporaire, sur les rivalités entre géants de la pharmacie.

Par Thomas Leroy avec Hélène Cornet