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Croissance: la France a encore de la marge, pas les autres pays

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- - Joel Saget / AFP

Alors que toutes les grandes économies devraient voir leur croissance ralentir en 2019, celle de la France va continuer de progresser, selon les estimations de l'OFCE. L'économie tricolore ne tourne pas encore à 100% de ses capacités, contrairement à d'autres de ses partenaires. Ce ralentissement généralisé interroge d'ailleurs sur la durée de la reprise mondiale.

Dix ans après la crise financière, la reprise est enfin là en France comme partout dans le monde, tous les experts s’accordent à le dire, mais ils préviennent aussi que cette reprise reste fragile.

À moyen terme, la croissance mondiale devrait rester robuste, passant de 3,5% en 2017 à 3,7% l’année suivante puis 3,5% en 2019, selon les estimations de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui publie ce jeudi son étude sur Les perspectives économiques. La question que se posent les économistes est: jusqu’à quand cette embellie va-t-elle durer?

Un ralentissement généralisé en 2019 sauf...

Pour en avoir une idée, il faut regarder la différence entre ce que produit une économie aujourd’hui et ce qu’elle est potentiellement capable de produire quand elle tourne à plein régime, c'est-à-dire en utilisant 100% de ses capacités de production. Dans le jargon des économistes, on appelle cela: l’écart de production.

Entre 2008 et 2017, cet écart était négatif pour beaucoup de pays à cause de la crise financière, autrement dit, ils produisaient moins que ce qu’ils étaient capable de faire. Le calcul de cet indicateur est compliqué, il n’est pas à sûr à 100%, mais d’après l’OFCE plusieurs grandes économies auraient rattrapé leur retard. Leur production réelle serait donc égale ou très proche de leurs capacités maximales. Il s’agit de l’Allemagne, du Japon, du Royaume-Uni et des États-Unis.

Ces pays devraient, en conséquence, voir leur croissance ralentir l’année prochaine. Par exemple, l’OFCE prévoit que le taux de croissance de l’Allemagne passe de 2,3% en 2018, à 1,7% l’année suivante, idem pour les Etats-Unis qui, boostés par les baisses d’impôts décidées par Donald Trump, verraient l’activité progresser de 2,9% avant de ralentir à 2,7% sur les mêmes périodes.

… pour la France qui devrait enregistrer 2,1% de croissance

En revanche, la France, elle, a encore de la marge. En 2017, son écart de production était de -1,9%. Contrairement aux autres grandes économies, l’activité ne devrait pas ralentir l’année prochaine, mais progresser à nouveau.

L’OFCE prévoit une croissance de 2% en 2018 et 2,1% l’année suivante, ainsi "l'économie française se rapprocherait de sa production potentielle d'ici à la fin de l'année 2019", souligne l’observatoire. A noter que ces prévisions sont plus optimistes que celles du gouvernement qui, mercredi, a indiqué anticiper une croissance de 1,9% en 2019, dans le document de cadrage qu’il a remis à la Commission européenne.

Cette bonne tenue de l’économie permet de réduire les déficits et la dette publique. L’OFCE prévoit un déficit de 2,4% du PIB en 2018 et 2,5% l'année suivante, contre respectivement 2,3% et 2,4% d'après Bercy. La dette, elle, passerait de 97% actuellement à 95,4% en 2019, selon l’OFCE.

Un simple ralentissement ou le début de la fin?

La France fait donc figure d’exception, avec l’Inde et le Royaume-Uni. En-dehors de ces trois pays, l'OFCE prévoit un ralentissement généralisé de l'activité dans toutes les grandes économies en 2019. Ces chiffres n’ont pour l’instant rien d’alarmant, car les taux de croissance demeurent à des niveaux soutenus.

Pour l’observatoire, toute la question est de savoir si ce ralentissement annonce "la fin progressive" de cette phase de reprise, ou si l’activité "se poursuivra à un rythme soutenu" sur la durée -permettant de faire baisser le chômage et réduire les déficits qui se sont creusés après la crise.

Modérer les politiques économiques

En soi, il reste encore de la marge avant de déclarer la fin de la reprise. L’indicateur qui le montre est le niveau d’inflation. Quand l’économie est en surchauffe, les prix grimpent. Or, malgré un taux de chômage très bas aux Etats-Unis et en baisse en zone euro, l’inflation reste faible, en tout cas en-dessous de l’objectif de 2%.

Par exemple pour la France, l’OFCE prévoit que le chômage devrait tomber à 8,4% à la fin de l’année, et même franchir un nouveau cap en passant à 7,9% fin 2019 (le rythme aurait été plus fort sans la baisse des contrats aidés). L’inflation, elle, resterait faible, passant de 1,4% en 2018 à 1,6% l’année suivante.

Dans ce contexte, les économistes de l’OFCE estiment que les pouvoirs publics devront faire preuve de modération dans leur politique économique. Trop de rigueur pourrait casser la reprise, à l’inverse trop de stimulation pourrait conduire à une surchauffe de l’économie, créant de la croissance à très court terme, mais des déséquilibres ingérables à moyen et long terme.

0,1 point de PIB en plus grâce à la politique du gouvernement

Le gouvernement français aurait déjà intégré la leçon. L’OFCE juge sa politique budgétaire "modérée", car elle ne remet pas en cause la reprise. Le calendrier fiscale favoriserait même une montée progressive de la croissance.

Certes la hausse de la CSG et des taxes sur le tabac et l’énergie pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages au début de l’année. Mais le poids sur la croissance serait compensé par le CICE et le Pacte de responsabilité, dont les effets différés sont enfin visibles.

Par la suite, les baisses d’impôts, qui vont intervenir en fin d’année, vont augmenter le pouvoir d’achat des Français de 1,6%. En 2019, ces mesures seront pleinement mises en œuvre et devraient faire gagner 2,4% de pouvoir d’achat. Au total, la politique budgétaire ferait gagner 0,1 point de croissance en 2018 et 0,2 point l’année suivante.

Enfin, la France profite aussi de la très bonne tenue de l’investissement des entreprises -au meilleur de sa forme depuis 40 ans-, de la reprise de l’investissement public -avec le Grand plan d’investissement et le retour des collectivités territoriales. Plus surprenant, l'économie tricolore bénéficie aussi du commerce extérieur, "qui ne serait plus un frein à la croissance en 2018 et 2019", sans pour autant garantir son rétablissement durable.

Jean-Christophe Catalon