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Croissance: la bonne surprise du 1er trimestre doit-elle tout au pétrole?

"L'Insee a annoncé ce vendredi matin que l'économie tricolore avait progressé à un rythme remarquable de 0,5% sur les trois premiers mois de l'année. Une bonne performance qui s'explique en partie par la chute des prix de l'or noir, mais pas seulement."

La croissance tricolore a commencé l'année sur les chapeaux de roue. Ce vendredi 29 avril, l'Insee a en effet annoncé que le PIB tricolore avait progressé de 0,5% sur les trois premiers mois de 2016. Un chiffre au-delà des espérances, puisque la majorité des prévisionnistes s'attendaient à 0,4%.

"C'est plutôt très bon", résume sobrement Christophe Barraud, chef économiste chez Market Securities. "C'est une croissance solide qui est enclenchée", s'est même réjoui le ministre des Finances Michel Sapin.

Pourtant, un doute subsiste sur la nature même de cette croissance. L'an dernier, le bon chiffre de 1,1% sur l'ensemble de l'année 2015 était en fait dû à des éléments extérieurs. La chute des prix du pétrole avait ainsi tiré la croissance de 0,4 point. En est-il de même pour le premier trimestre 2016?

Impact sur la consommation et l'investissement

La question mérite d'être posée dans la mesure où les cours de l'or noir ont continué de fléchir au début 2016 jusqu'à atteindre 27 dollars à la mi-février. Surtout que le bon chiffre de 0,5% est d'abord dû à l'excellente tenue de la consommation des ménages qui a progressé de 1,2%. Or "la chute des prix du pétrole a un effet direct sur le budget des ménages via le prix du carburant ou du chauffage. Il leur reste ainsi plus d'argent soit pour consommer soit pour épargner. Or là on peut penser qu'ils ont utilisé le surplus de revenus pour consommer", estime Christophe Barraud.

"Cela joue aussi sur le plan psychologique car les prix de l'essence sont des prix que l'on voit tous les jours", ajoute Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.

La baisse des cours du pétrole a également joué sur l'autre grand moteur de la croissance sur ce premier trimestre: l'investissement des entreprises, qui a bondi de 1,6%. "Cela fait partie des éléments qui expliquent le redressement de la profitabilité des entreprises et a ainsi pu jouer", rappelle Jean-Louis Mourier. 

Un "petit" facteur

Il serait toutefois exagéré de dire que ce bon premier trimestre doit tout à la chute des prix de l'or noir. "La baisse du pétrole a constitué un petit facteur de soutien parmi d’autres mais il n’explique pas à lui seul la bonne surprise de ce premier trimestre. Le dynamisme est dû à une conjonction de facteurs qui donne enfin les résultats attendus et laisse augurer d’une sortie de la situation actuelle de croissance molle", développe Louis Harreau, économiste au Crédit Agricole CIB. "La faible parité euro-dollar et les taux d’intérêt bas ont notamment soutenu l’investissement des entreprises", ajoute-t-il.

Quant à la consommation des ménages, "il y a également eu un effet de rattrapage par rapport au trou d'air du dernier trimestre de 2015 qui était mauvais à cause des attentats mais aussi de la météo qui a pesé sur les ventes au détail", explique Jean-Louis Mourier.

Pour ce qui est de la suite de 2016, la conjoncture française risque de ne plus pouvoir compter sur une nouvelle chute des prix du pétrole. Jeudi, le prix du baril est remonté à son plus haut niveau de 2016, à 46 dollars. Le deuxième trimestre 2016 ne bénéficiera donc pas de ce petit effet d'aubaine.

Un deuxième trimestre moins bon?

Pas un drame pour autant. "La remontée des prix du pétrole est clairement un élément négatif. Maintenant il faut garder à l'esprit une chose: la chute des prix du pétrole n'a pas autant bénéficié à l'économie française qu'on aurait pu le penser d'un point de vue historique. Ce que l'on a gagné sur la demande intérieure, on l'a en partie perdu en termes de marchés extérieurs, puisque la baisse du pétrole a eu pour effet de miner le commerce mondial", explique Jean-Louis Mourier.

"On peut effectivement supposer que la remontée des cours du pétrole, qui commence à s’observer au deuxième trimestre, va impacter négativement la croissance. Mais l’effet a de bonnes chances d’être marginal", abonde Louis Harreau.

Christophe Barraud s'attend lui à "un léger ralentissement au deuxième trimestre", dû non seulement à la hausse du pétrole mais surtout à celle de l'euro qui a pour effet d'handicaper les exportations tricolores.

Pour le deuxième trimestre, l'Insee envisage 0,4% de croissance. Un chiffre qui, s'il venait à se répéter ensuite au troisième et au quatrième trimestres permettrait alors de dépasser les 1,5% de croissance prévus par le gouvernement. Un taux qui, de l'avis de majorité des économistes, est celui qu'il faut pour permettre de faire reculer le chômage. Et, optionnellement, permettre à François Hollande de se présenter à sa propre succession en 2017.