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Croissance: l'Insee veut dégainer avant tout le monde

L'Insee va mettre les bouchées doubles en 2016

L'Insee va mettre les bouchées doubles en 2016 - Thomas Samson - AFP

L'Insee a annoncé ce mardi 24 novembre qu'en 2016, ses premières estimations du PIB et du taux de chômage seraient rendues publiques quinze jours plus tôt qu'à l'heure actuelle. Ce qui devrait, pour la croissance, se traduire par des écarts de prévisions plus importants.

Ce n'est probablement pas un rôle qu'il affectionne mais l'Insee est bien en quelque sorte un juge de paix. Ce sont sur ses données que les conjoncturistes sérieux et les politiques se basent pour leurs prévisions ou leurs programmes électoraux. Et les esprits chagrins qui considèrent que l'institut de conjoncture ne va pas assez vite pour publier ses estimations en seront désormais pour leur frais.

Car ce mardi 24 novembre l'Insee a en effet annoncé son intention d'aller plus vite en besogne sur tout un ensemble de données. Et pas n'importe lesquelles.

La croissance d'abord. A l'heure actuelle, l'Insee rend publique son estimation de l'évolution du PIB pour un trimestre donné, 45 jours après la fin de ce trimestre. Dès l'an prochain, ce sera 15 jours plus tôt. Par exemple, la croissance pour le dernier trimestre de 2015 sera connue le 29 janvier prochain (au lieu du 13 février). Et après cette première publication, l'Insee publiera une deuxième estimation 30 jours après. Les "comptes d'agents", c'est-à-dire les données détaillées, seront publiées 85 jours après la fin du trimestre, comme maintenant.

"Gentlemen agreement"

L'Insee ne se contentera pas de donner un simple chiffre pour la première estimation à 30 jours car "nous aimons raconter une histoire, c'est notre double casquette d'économiste et de statisticien", affirme fièrement Jean-Luc Tavernier, le directeur général de l'Insee. En clair, en plus du chiffre, l'Insee donnera les composants du PIB (stocks, investissement, consommation, commerce extérieur, etc…). L'institut français sera le seul dans le monde (avec les Etats-Unis) à le faire aussi rapidement. Le Royaume-Uni et l'Espagne publient un chiffre à 30 jours mais sans donner de détails.

Pourquoi raccourcir cette période de 45 à 30 jours? "C'est une vieille demande d'Eurostat au début des années 2000 où à l'époque les marchés pressaient pour avoir des indicateurs. Il y a alors eu un gentlemen agreement (entre les pays, ndlr) pour y arriver", répond Jean-Luc Tavernier. Ainsi en 2016, la plupart des pays transmettront à Eurostat leurs estimations de croissance 30 jours après la fin du trimestre de sorte que la croissance de la zone euro et de l'Union européenne soient connues sur le même horizon.

Pour tenir ce nouveau délai, l'Insee, pva "devoir extrapoler certaines données qui manqueront désormais, comme les dépenses des ménages en logement" ou les chiffres de douanes pour le dernier mois du trimestre, indique Ronan Mathieu.

Risque de révisions accrû

Pour Philippe Gudin économiste chez Barclays France il s'agit d'une "très bonne chose". "Et si l'Insee le fait c'est qu'ils sont à l'aise avec leurs données", assure-t-il. Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, se montre plus nuancé. "Arriver à 30 jours permet d'être plus en lien avec la situation économique", estime-t-il. Avant d'ajouter: "le problème est que plus vous sortez rapidement une première version des comptes plus il y a un risque important de révision".

"Il faut effectivement s'attendre à ce qu'il y ait plus de révisions", corrobore Philippe Gudin qui rappelle que les Etats-Unis, les seuls à aller aussi vite que l'Insee, sont régulièrement obligés de procéder à d'importantes révisions entre les premières et dernières estimations d'un trimestre donné.

L'Insee explique qu'entre une publication 30 et 45 jours, la croissance peut varier en moyenne de 0,07 point de PIB. Autrement dit, une croissance de 0% au premier trimestre 2016 peut se transformer, 16 jours plus tard en 0,1%. Pas énorme, mais "pas négligeable non plus" selon Mathieu Plane qui rappelle "que la première estimation du PIB est toujours la plus commentée". "C'est une information de court terme très importante pour la suite", ajoute-t-il.

Des chiffres jamais définitifs

L'économiste de l'OFCE pointe du doigt une constante identifiée par ses équipes: sur le long terme, les premières estimations ont toujours tendance à sous-estimer "les phases de retournement". Ainsi en période de reprise, la première estimation du PIB est trop faible. A l'inverse elle est trop forte lorsque la récession commence.

De plus les révisions sont d'autant plus fréquentes que "les comptes (d'un trimestre, ndlr) ne sont définitifs qu'à partir de trois ans", explique Mathieu Plane. Voir jamais pour Jean-Luc Tavernier. "L'erreur c'est de croire qu'un chiffre peut être définitif alors qu'il peut y avoir a posteriori de changements de base". Néanmoins, l'Insee estime qu' à l'heure actuelle entre la première estimation de la croissance et le même chiffre deux ans après il y a un écart de 0,24 point de PIB.

Le chômage deux semaines plus tôt

Il n'y a pas que la croissance qui viendra plus vite l'année prochaine. Le taux de chômage, publié une fois par trimestre par l'Insee, sera lui aussi publié un peu plus tôt.

Au lieu d'attendre 9 semaines pour le donner, l'Insee donnera les résultats complets de son enquête sur l'emploi 7 semaines après. Ainsi le taux de chômage au premier trimestre 2016 sera connu le 20 mai prochain au lieu du 3 juin. L'initiative est cette fois venue de l'Insee lui-même qui indique que "la nouvelle organisation des traitements mis en place" permet de raccourcir les délais.

Ce qui va en fait permettre de réduire le décalage avec la publication du ministère du Travail qui, lui, dévoile chaque mois le nombre d'inscrits à Pôle Emploi.

L'inflation et le taux de pauvreté seront aussi connus plus tôt

L'indice des prix à la consommation, donnée publiée chaque mois par l'Insee sera désormais publiée à la fin du mois en cours et non plus de semaine après qu'il soit terminé.

Jusqu'à présent l'Insee envoyait cette première estimation à Eurostat sans toutefois la rendre public, qui "gênait" son directeur général Jean-Luc Tavernier.

Le taux de pauvreté d'une année donnée était jusqu'alors connu avec un décalage de plus de deux ans, une source de critiques régulières. Pour être plus réactive l'Insee, l'Insee va établir des "microsimulations" qui permettra de publier la statistique un an plus tôt qu'auparavant. Par exemple, le taux de pauvreté pour 2014 sera connu dès décembre 2015 (au lieu de septembre 2016). Une deuxième estimation sera fournie en décembre 2016.