BFM Eco

Coronavirus: les transports publics devant "une impasse économique"

Un TER - Image d'illustration

Un TER - Image d'illustration - AFP

Selon Archery Strategy Consulting, le secteur des transports en commun devrait perdre entre 3,6 et 4,7 milliards d'euros cette année, soit 20 à 25% de ses revenus. Le cabinet de conseil estime que des plans de secours, voire des hausses de prix, seront inévitables à moyen terme.

La crise du coronavirus entraîne le secteur des transports en commun "dans une impasse économique" avec un trou de 3,6 à 4,7 milliards d'euros dans les recettes cette année tandis que les coûts ont augmenté, a prévenu mardi le cabinet de conseil Archery Strategy Consulting.

La fréquentation des transports en commun s'est effondrée de 85% à 95% pendant le confinement, alors que l'offre n'a baissé que de 50 à 70%. D'où une hausse des coûts par voyageur transporté, d'autant que les opérateurs ont des frais supplémentaires de nettoyage des véhicules et stations, signalisation, achats de masques, etc.

Reprise du trafic progressive

L'offre devrait certes revenir à la normale assez vite, mais la reprise du trafic ne sera que progressive -a fortiori si les règles de distanciation, qui réduisent la capacité de 80% environ, sont maintenues un certain temps. Archery prévoit une chute du trafic de 40 à 50% sur l'année, selon que le retour à la normale pourra se faire au début de l'été ou à la rentrée.

"Les autorités organisatrices risquent de se retrouver prises en sandwich entre des opérateurs qui vont leur demander de compenser la baisse des recettes commerciales et l'augmentation du coût de production de l'offre de mobilité, à un moment où elles verront elles-mêmes leurs ressources diminuer parce que le versement mobilité a chuté", a prédit le directeur général d'Archery, Bertrand Mouly-Aigrot.

Le versement mobilité, une taxe sur la masse salariale des entreprises de plus de 11 employés, finance plus de 40% des transports en commun en France. La mise en chômage partiel d'une bonne partie des actifs a fait chuter son rendement. 

"Une impasse économique qui ne peut pas durer longtemps"

En tout, les transports publics urbains et périurbains devraient perdre selon Archery de 3,6 à 4,7 milliards d'euros cette année, soit 20 à 25% de leurs revenus. "Finalement on a un déséquilibre très important entre une offre qui est surabondante par rapport au trafic qu'elle permet de faire circuler et des coûts qui sont en augmentation, face à des recettes qui sont en chute", a résumé Bertrand Mouly-Aigrot lors d'un point de presse. "On a une impasse économique qui ne peut pas durer longtemps", a-t-il insisté.

Les collectivités locales vont devoir mettre la main à la poche "avant de faire appel à l'Etat pour des plans de secours qui nous semblent inévitables à moyen terme", et éventuellement se résoudre à augmenter les tarifs, a prédit l'expert. Dans de telles circonstances, il n'est d'ailleurs pas raisonnable de promettre la gratuité des transports publics, selon lui.

La recherche d'économies devrait pour Bertrand Mouly-Aigrot également conduire à des "rationalisations des réseaux" avec une desserte moindre des lignes les moins fréquentées et un report des certains investissements dans les infrastructures.

P.L avec AFP