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Coronavirus: les fabricants français de masques de protection peuvent-ils faire face à la demande?

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Les quelques PME françaises qui produisent des masques sanitaires croulent sous la demande mondiale de protection contre le coronavirus. Pour certaines d'entre elles, l'accès à de nouvelles machines et aux matières premières devient difficile, ce qui pourrait freiner l'augmentation de leurs capacités de production.

La menace d'une pandémie mondiale de Coronavirus met sous pression les quelques entreprises françaises qui fabriquent des masques de protection. Alors que l'État a annoncé la commande massive de plusieurs dizaines de millions de masques de protection (modèles FFP2) pour les professionnels de santé, ces entreprises -des PME pour la plupart- croulent déjà sous la demande mondiale.

"Aujourd’hui, on livre déjà quelques millions de masques pour l’État français, et on va passer à quelques dizaines de millions. On sait déjà que certains jours, on aura des difficultés, des ruptures sur les matières premières", explique Gérald Heuliez, directeur général du groupe Kolmi-Hopen, sur l'antenne d’Europe 1.

L'explosion de la demande actuelle qui lui est adressée est évaluée à plus de 500 millions de masques tous confondus, contre plus de 150 millions en temps normal. Son entreprise devrait ainsi accueillir 35 nouveaux employés pour assurer l'accélération des commandes, son carnet de commande étant déjà plein jusqu'après l'été.

Plus de 100 appels par jour chez VSP Med Mask

Même son de cloche chez VSP Med Mask, société française basée à Marseille. "Nous recevons près de 100 appels par jour depuis janvier 2020, les appels affluent de toutes parts, y compris et surtout des gouvernements des régions chinoises qui font appel à des intermédiaires pour faire face à leur problématiques. Les demandes varient de la simple pharmacie de quartier qui souhaite 500 masques aux plus grosses compagnies qui achètent en millions" explique à BFMTV Nathalie Langlade, directrice commerciale.

Pour faire face à la demande, cette PME a nettement renforcé sa capacité de production. "Nous avions jusqu’à janvier 2020 une capacité de 100.000 masques par jour, depuis février nous avons dû investir dans l’achat de trois machines supplémentaires et nous avons à présent une capacité de 7.500.000 de masques par mois" souligne cette responsable chez VSM Med Mask qui a dû aussi tripler ses effectifs avec trois équipes qui "tournent" du matin au soir.

Un effectif multiplié par 3,5 chez cette PME de la Loire

De son côté, la PME Valmy, pour satisfaire la demande venue du monde entier, dû recruter en urgence 50 personnes, multipliant par 3,5 son effectif, passé de 20 à 70 salariés. Cette PME, située à côté de Roanne (Loire), fabrique habituellement des masques de protection pour les professionnels de santé.

"Nous avons désormais une équipe de nuit et le samedi et le processus est en cours pour ouvrir le dimanche. L'objectif est d'être ouvert, un peu plus de 140 heures par semaine" explique Nicolas Brillat, dirigeant de Valmy, sur l'antenne de Franceinter. La PME roannaise estime cependant de pas pouvoir produire beaucoup plus en raison de la ruée mondiale des autres fabricants de masques, sur les machines de production et les matières premières. "On parle de centaines d'usines de fabrication qui ouvrent en Chine et cela devient difficile pour nous de pouvoir accéder à de nouvelles machines" ajoute le dirigeant de Valmy.

Or la capacité de production des fabricants français est loin de pouvoir répondre à une envolée de la demande que générerait une diffusion massive du coronavirus au sein de la population française. Selon Le Canard Echaîné, "les possibilités de fabrication s'élèvent à 40 millions d'unités par mois". 

Chez VSP Med Mask, on ne redoute pas pour l'instant de problème sur la chaîne d'approvisionnement en amont qui freinerait la production de masques.

"La pénurie des matières premières n’est pas une problématique à laquelle nous faisons face, nos fournisseurs sont toujours en mesure de pouvoir nous approvisionner mais à un coût plus élevé, du coup nos tarifs le sont aussi !" assure sa directrice commerciale.

Le Canard Enchaîné relate ainsi la pression mise sur les établissements hospitaliers pointant du doigt le quasi-triplement des prix imposée par le distributeur français de masques Paredes, auprès duquel se fournissent les hôpitaux bretons. Dans un courrier adressé à ses clients, la directrice du marketing de l'entreprise les a mis clairement en garde: "En cas de refus de ces hausses de prix, nous ne serons plus en mesure de vous proposer des masques respiratoires, pour lesquels nous n'avons plus aucun stock."

Frédéric Bergé