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Victoire Maçon Dauxerre, ancienne mannequin: "Je suis descendue à 47kg pour 1,78m"

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A 17 ans, Victoire Maçon Dauxerre devient mannequin. Elle sombre rapidement dans l'anorexie pour se conformer aux exigences du métier: rentrer dans une taille 32. Elle raconte sa descente aux enfers dans son livre "Jamais assez maigre, le journal d'une top model".

A 23 ans, Victoria Maçon Dauxerre est déjà retraitée des podiums. Elle a commencé en 2011, par hasard. Elle se fait repérer dans la rue, alors qu'elle se promène dans le quartier du Marais avec sa mère.

Lorsqu'elle pousse les portes de l'agence Elite, on ne lui dit pas qu'il faut maigrir, mais qu'il va falloir rentrer dans des vêtements taille 32-34. "Rentrer dans du 32-34 c'est une taille qu'on peut faire quand on fait 1,50 mètres mais quand on mesure 1,80m…", relate-elle sur RMC.

Alors elle se met au régime. Drastique. Elle mange 3 pommes par jour et réussi à perdre 9kg en deux mois. Elle réussit à descendre à 47kg et entre désormais dans une taille 32. Mais il faut maintenir ce poids: "Si je mangeais plus de 3 pommes par jour, je prenais des laxatifs. Beaucoup de jeunes femmes se font vomir, c'est la pratique la plus courante. J'ai fini par des lavements car les laxatifs n'avaient plus d'effets".

"J'avais les os qui sortaient de partout"

Elle parcourt le monde, de fashion weeks en fashion weeks et gagne en notoriété jusqu'à intégrer le Top 20 des mannequins les plus demandés. Sa famille ne se rend compte de rien, voit bien que la jeune fille ne mange pas grand-chose, mais ne prend pas la mesure de son obsession qui s'est transformé en maladie. "J'avais des crises d'angoisse, j'avais des petites voix qui me disaient que j'allais grossir. J'avais les os qui sortaient partout et je ne pouvais pas dormir sur le ventre parce que la peau me tirait dans le dos", se souvient-elle.

Un jour, sa mère la rejoint à New York et voit sa fille nue. Elle s'effondre: "Mais Victoire, regarde-toi, on dirait que tu sors d'un camp!". Victoire Maçon Dauxerre veut arrêter, mais les agences la relancent. Elle regrossit peu à peu, tout en ne supportant pas ce corps qu'elle ne contrôle plus. Elle finit par avaler des médicaments. Pour en finir et "sortir de ce corps immonde".

"Le squelette d'une femme de 70 ans"

C'est la fin de sa carrière de mannequin. "J'étais dans un état catastrophique quand j'ai arrêté je faisais de l'ostéoporose, j'avais un squelette d'une femme de 70 ans, je perdais mes cheveux, je n'avais plus de règles. J'ai eu la chance de m'en sortir mais quand on reste longtemps là-dedans, on peut devenir stérile ne pas reconstituer son squelette, les conséquences sont dramatiques", constate-elle aujourd'hui.

Aujourd'hui, Victoire fait du théâtre et pèse 64 kg. Mais ses troubles alimentaires ne l'ont pas totalement quittée: "Je ne m'accepte pas encore. J'ai construit mon identité à travers le mannequinat et donc un corps maigre. Le théâtre m'aide à m'accepter mais c'est très difficile".

Avec son livre, elle espère faire évoluer les mentalités. La France vient d'adopter une loi rendant obligatoire le certificat médical pendant les castings. Une avancée estime la jeune fille: "Moi je n'ai jamais eu de visite médicale ce qui est anormal quand on signe un contrat de travail. Il faut arrêter de laisser des jeunes femmes maigres et en dénutrition totale défiler sur les podiums, il faut changer les mentalités au niveau des maisons de couture. S'ils veulent des femmes d'1,80m, leur demander de faire une taille 38, et non une taille 34".

 "Jamais assez maigre; Journal d'un top model", Les Arènes, 18€