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Pourquoi les hôtels français profitent bien moins du déconfinement que les restaurants

Le taux d’occupation des chambres d'hôtels en France atteint seulement 24 % en semaine, selon la base de données du cabinet MKG, qui couvre plus de 50 % du parc hôtelier français.

Le taux d’occupation des chambres d'hôtels en France atteint seulement 24 % en semaine, selon la base de données du cabinet MKG, qui couvre plus de 50 % du parc hôtelier français. - Douglas Magno-AFP

L'activité de l'hôtellerie française ne redémarre pas vite. Son taux d'occupation reste très bas, notamment à Paris qui pâtit de l'absence de la clientèle étrangère. Dans les autres régions, la situation est moins catastrophique mais le groupe hôtelier Accor (Ibis, Novotel,...) n'a rouvert que 60% de ses hôtels en France.

Les hôtels, pour lesquels il n’y a jamais eu de fermeture obligatoire durant la crise sanitaire, ont pour beaucoup renoncé à rester ouverts durant le confinement. Et, pour eux, le 11 mai, n'a pas eu d'effets immédiats comme pour les restaurants.

Début juin, le taux d’occupation journalier des chambres atteignait seulement 24% sur l'ensemble de la France, selon la base de données du cabinet MKG (infographie ci-dessous), qui couvre plus de 50% du parc hôtelier français. Mais cette moyenne cache de forte différence avec Paris au plus bas (7% contre 23% pour le reste de l'île-de-France) et les autres régions à 28% (le 3 juin dernier).

Le parc hôtelier francilien pâtit directement du manque de la clientèle étrangère. L’été dernier, les Français n’ont représenté que 44% des nuitées cumulées dans les divers hébergements franciliens.

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Lors de la dernière saison estivale, les Américains représentaient à eux seuls 9% des nuitées passées à Paris et dans ses alentours. Et si on ajoute, les Britanniques (6%), les Chinois (3%) et les Japonais (1,5%), ce sont 20% de la clientèle estivale habituelle des hôtels franciliens touristes qui seront toujours interdits de séjour le 15 juin. 

"C’est un secteur très compliqué, car les aéroports ne tournent pas et Paris vit de sa clientèle internationale" explique dans Le Monde, Philippe Marguet, directeur de la chaîne d’hôtels indépendants The Originals. "Si vous n’atteignez pas un seuil de 25 à 30 % d’occupation, nécessaire pour couvrir les coûts, la décision de rouvrir n’est pas évidente" ajoute-t-il.

Accor a rouvert 60% de son parc hôtelier en France

Dans les DOM-TOM, l'activité de l'hôtellerie reste aussi entravée par les restrictions appliqués aux voyages en avion depuis la métropole Les hôteliers de Guadeloupe, Martinique et Saint-Martin ont dénoncé "l'injustice" de leur situation et les conséquences économiques, sur le tourisme notamment, du maintien des restrictions de déplacement et de la quarantaine pour leurs îles classées en zone verte.

De son côté, Accor, premier groupe hôtelier européen, souligne que sur ses 1573 hôtels en France, plus de 900 sont aujourd’hui ouverts, soit 60% des établissements arborant l'une de ses marques. "Suite aux récentes annonces gouvernementales, la tendance devrait se poursuivre dans les semaines à venir" affirme t-on du côté du groupe hôtelier. Accor prévoit le retour de plus de 70% de son réseau mondial d'ici début juillet. 

Pour tenter de rassurer la clientèle de l'hôtellerie, certaines initiatives régionales ont vu le jour. La métropole européenne de Lille a dévoilé un label inédit pour l'ensemble des établissements (hôtels, restaurants, magasins, lieux culturels...) respectant une charte sanitaire afin de lutter contre le Covid-19.

Créée en partenariat avec l'Institut Pasteur de Lille, cette charte, présentée comme une première en France, rassemble dix engagements visant à lutter contre l'épidémie, comme le respect des gestes barrières, de la distanciation sociale, le nettoyage spécifique et la désinfection des lieux ou encore la sécurisation des systèmes de climatisation et ventilation. Plus de 200 signataires de cinq secteurs -hôtels, culture, shopping, tourisme et événementiel- se sont déjà engagés à la respecter. 

Report de la taxe foncière CFE au 15 décembre

Conscient des difficultés de la profession le gouvernement a décidé, "en concertation avec les associations de collectivités locales, de proposer un dispositif d’allègement de la fiscalité professionnelle et, particulièrement, de la cotisation foncière payée par les entreprises (CFE) des secteurs de l'hôtellerie, de la restauration, du tourisme et de l'événementiel.

Pour ces sociétés "dont l'activité a été particulièrement touchée par la crise sanitaire", le prélèvement de la CFE "est entièrement reporté au 15 décembre", affirme le document. 

Frédéric Bergé