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"Made in France": quand Hollande cite Parisot en exemple

François Hollande et Manuel Valls ont visité ce lundi 14 septembre le site de production de Parisot en Haute-Saône, chantre du "made in France" dans le meuble.

François Hollande et Manuel Valls ont visité ce lundi 14 septembre le site de production de Parisot en Haute-Saône, chantre du "made in France" dans le meuble. - Patrick Hertzog - AFP

Placé en 2012 en procédure de sauvegarde, ce fabricant de meuble créé par le grand-père de l'ex-patronne du Medef, a renoué avec la croissance et la rentabilité tout en continuant à produire en France. Un sauvetage salué sur place par le chef de l'Etat et le Premier ministre.

-"Faut nous acheter des meubles!" 

-"On va passer des commandes"

Interpellé par un salarié à sa sortie de l'usine Parisot, François Hollande a promis qu'il allait s'équiper. Peut-être pas pour son bureau à l'Elysée (les meubles en kit de la société française détoneraient dans le salon doré de la présidence) mais peut-être dans les administrations?

Car si le chantre du "Made in France", Arnaud Montebourg, n'est plus au gouvernement, le président n'a pas abandonné l'idée d'une relance de la production dans l'Hexagone. Et pour encourager les entreprises toujours frileuses à investir, rien d'un tel qu'un bon exemple. 

Et ce lundi 14 septembre, c'est Parisot que le président et son premier ministre ont voulu mettre sous les projecteurs. Située à Saint-Loup-sur-Semousse en Haute-Saône, la société créé par Jacques Parisot (le grand-père de Laurence Parisot, l'ex-présidente du Medef) est le plus gros fabricant de meubles en France.

Une entreprise qui a réalisé 192 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014 (dont 127 millions dans la vente de meubles) et qui se paie même le luxe d'exporter (25 millions d'euros l'année dernière) dans un secteur où on a plus tendance à faire l'inverse, faire venir des meubles de l'étranger. En 2015, la compagnie anticipe une croissance de ses ventes de 3,5% sur un marché du meuble qui devrait stagner.

Le coup dur de Castorama

Un pari réussi pour Parisot qui était pourtant loin d'être gagné d'avance. En 2012, la société connaissait les pire difficultés et on ne donnait pas cher de sa peau. La société venait de perdre un juteux contrat avec Castorama et avait vu le chiffre d'affaires de son usine vosgienne fondre de 20%. "Quand nous avons repris la société il y a 16 mois, deux sites étaient en procédure de sauvegarde et un en redressement judiciaire", rappelle Vincent Heuraux, le président de Parisot qui a racheté la société avec une dizaine de cadres de l'époque.

Un management qui a imposé un électro-choc à la compagnie: suppression de 200 emplois (51% des emplois dans les Vosges), refonte totale de la logistique et du process de fabrication (notamment le stockage des matériaux brut), diminution des stocks... Autant de mesures qui ont permis à la société de redevenir compétitive.

"Avant la reprise il nous fallait 2 mois pour fabriquer l'ensemble de nos 600 références, explique Vincent Heuraux. Aujourd'hui il ne nous faut plus qu'un mois." Résultat, alors que Parisot ne livrait que 60% de ses commandes dans les temps en 2012, ce taux est actuellement à 97% assure la direction. De quoi rassurer des clients qui s'étaient détournés de la société, préférant se fournir à l'étranger.

Un lit avec écran et prise USB intégrés

Des gains de productivité donc mais aussi de nouvelles gammes en phase avec les aspirations des consommateurs comme un établi d'intérieur (pour faire du loisir créatif) ou encore un astucieux "lit vidéo digital" avec un écran et une prise USB intégrée afin d'y recharger son téléphone ou sa tablette. Des produits conçus en interne par une équipe de cinq designers et qui font office de vitrine. Ce n'est pas eux qui feront le gros des ventes mais ils permettront de "nourrir" les pages shopping des magazines et de refaire parler de la société.

Mais si Parisot a réussi à sauver les meubles tout en continuant de produire en France, son exemple n'est peut-être pas si facilement reproductible. "Ce qu'ont fait ici en Haute-Saône, on ne pourrait sans doute pas le faire à Marseille, reconnait Vincent Heuraux. Nous sommes dans un bassin où se situe notre matière première, le bois. nous en achetons 400.000 tonnes par an. Or, pour avoir notre niveau de réactivité et notre gestion à flux tendu, nous devons être au plus proche de nos fournisseurs." Une telle réactivité permet en tout cas, assure-t-il, de ne pas trop pâtir d'un coût du travail plus élevé qu'ailleurs. Sur un meuble, le coût de la matière et du transport restent majoritaire, aux alentours de 65% chez Parisot.

Reste un constat douloureux: cette stratégie a certes permis à la société de survivre, mais pas de créer des emplois. "Le groupe va mieux certes, on a gagné en compétitivité mais on y a laissé des plumes puisque 200 emplois ont été supprimés, rappelle Bernard Thomassin, délégué CGT de Parisot sur le site des Vosges. Alors, oui, nous sommes encore en vie mais la société ne crée pas d'emplois pour autant maintenant que ça va mieux." Pour relancer l'emploi, François Hollande devra sans doute faire plus que toucher du bois...

Frédéric Bianchi