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Les ventes d'eaux minérales atteignent des niveaux inédits cet été

Largement favorisée par les nombreux épisodes caniculaires, la consommation d'eau en bouteille a augmenté de 16,5% sur le mois de juillet par rapport à 2021.

C'est un lien de cause à effet somme toute logique mais dont l'ampleur est inhabituelle. Alors que la canicule est déjà survenue à plusieurs reprises à travers l'Hexagone cet été, les Français n'ont pas lésiné sur la consommation de bouteilles d'eau minérale. D'après un article des Echos, les ventes de ces produits ont ainsi augmenté de 20% dans les magasins Monoprix et même de 50% dans les Franprix ... le tout, sur le seul mois de juillet. La hausse globale s'élève à 16,5% par rapport à juillet 2021.

"La journée de canicule du 18 juin est celle où les eaux plates nature ont généré le plus de chiffre d'affaires depuis au moins 3 ans avec 9 millions d'euros en un jour", explique Nielsen dans des chiffres que BFM Business a pu consulter. Le groupe d'études spécialisées sur la consommation et la distribution ajoute que "les eaux plates naturelles sont la 2e catégorie la plus en croissance depuis début 2022, avec 45 millions d'unités en plus, juste derrière les boissons gazeuses sans alcool" grâce notamment à une hausse sectorielle de presque 20% depuis la mi-juin.

Des réserves moins exposées

De tels chiffres pourraient être source d'inquiétude quant aux capacités d'approvisionnement des enseignes qui sont limitées par les quotas que fixent les fournisseurs. Les magasins anticipent en réalité ces pics de chaleur en constituant des réserves d'eau minérale.

Cependant, des tensions apparaissent en amont de l'étape finale de distribution. En effet, les préfets régionaux déterminent chaque année les volumes d'eau prélevés. Or, le contexte climatique en incite certains à serrer la vis et ce, quand bien même la production d'eau minérale est moins exposée aux fortes chaleurs. Et pour cause, elle s'opère dans des réserves bien plus profondes que les nappes phréatiques auxquelles ont recours agriculteurs et réseaux publics.

Le niveau actuel des nappes n'est pas critique

Les Echos indiquent que le Syndicat des eaux de source et des eaux minérales naturelles (SESEMN) a sollicité le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, afin de l'inciter à "ne pas freiner l'activité pour un produit très demandé".

"Les prélèvements des minéraliers en eau représentent 0,3 % des prélèvements d'eau potable en France", complète la Maison des eaux minérales naturelles, l'autre syndicat professionnel.

Les réserves d'eau minérale étant plus profondes, elles mettent également beaucoup plus de temps à se remplir que les nappes phréatiques. A titre d'exemple, Evian doit attendre une dizaine d'années pour exploiter l'eau qu'elle capte en raison de l'imperméabilité des sols savoyards. Invité sur le plateau de BFM Business jeudi, Antoine Cardon, délégué général du SESEMN, relativisait la situation : "Aujourd'hui, il n'y a pas de baisse de niveau dans nos nappes [...] Il est hors de question d'aller prélever plus que ce que la nappe peut nous offrir."

Une tendance à la baisse des prélèvements d'eau minérale

Ces réalités d'ordre pratique n'empêche pas les grands groupes de producteurs comme Nestlé et Danone d'orienter leur stratégie vers une diminution du prélèvement d'eau. "Nous travaillons à la pérennité des ressources naturelles, notamment en optimisant et en réduisant nos prélèvements en eau", mentionne le premier sur son site. Le second tient un discours semblable auprès du quotidien : "Depuis plusieurs années nous oeuvrons en faveur d'une gestion raisonnée et durable de la ressource, en nous appuyant notamment sur l'expertise d'hydrogéologue."

Au niveau de la cinquantaine de marques qui existent en France, certaines ont déjà agi en ce sens à l'image de Vittel qui a réduit ses prélèvements de 22 % sur la dernière décennie, par rapport aux autorisations de l'Etat. De son côté, la Société des Eaux de Volvic a le droit de puiser 2,5 milliards de litres sur les 11 que contient le bassin de Volvic tandis que la maison mère Danone prévoit de diminuer ses prélèvements de 5 % à 10 % en cas d'alerte sécheresse.

Timothée Talbi