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Les pharmacies dans le viseur de l'Autorité de la concurrence

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- - Fred TANNEAU / AFP

L'Autorité de la concurrence revient à la charge sur la libéralisation du secteur. Son nouveau rapport appelle à faciliter la vente des médicaments sans ordonnance ou l'ouverture du capital des officines. Des recommandations qui soulèvent déjà des craintes dans la profession.

L'Autorité de la concurrence s'est auto-saisie du dossier. Elle reste persuadée que le secteur de la distribution de médicaments est victime de verrous qui entravent la bonne concurrence du marché. Un secteur qui représente 35 milliards d'euros en France, fortement réglementé. Si plus de 80% de son chiffre d'affaires est réalisé par la vente de médicaments prescrits, dont les prix sont fixés par les autorités de santé, le reste appartient à l'automédication et à la parapharmacie.

Et c'est bien sur ces médicaments vendus sans ordonnance que l'Autorité de la concurrence compte intervenir. Elle pourrait proposer d'assouplir les règles de la vente sur internet, un marché encore anecdotique. L'idée étant de faire baisser les prix en laissant faire le marché. Faux répond l'USPO, l'Union des Syndicats de Pharmaciens d'officine. Les prix des médicaments sans ordonnance ont baissé de 0,77% l'an dernier. Ils sont les plus bas d'Europe, 30% moins chers qu'en Italie, 20% moins élevés qu'en Allemagne. « La vente de médicaments en ligne a peu d'intérêt en France », explique Gilles Bonnefond, son président. « Il n'y a pas de désert pharmaceutique. Payer des frais de ports pour se faire livrer de l'ibuprofène ne sert à rien ».

Quand à la vente de médicaments sans ordonnance dans les grandes surfaces, aujourd'hui interdite, c'est inefficace et dangereux pour Gilles Bonnefond : « Les médicaments ne sont pas des produits de consommation comme les autres. L'Autorité de la concurrence subit la pression de la grande distribution ». La seule condition pour initier la vente de médicaments en grandes et moyennes surfaces, expliquait déjà il y a ans ans Bruno Lasserre, président de l'Autorité de la concurrence à l'époque, c'est de recruter un diplômé en pharmacie et d'installer un corner et une caisse séparés. « Ca revient à ouvrir une pharmacie sans le suivi, le parcours de soin, et la saisie des données dans le dossier médical », rétorque le syndicat.

Une financiarisation des officines inutile

L'autre point que pourrait soulever le rapport : l'ouverture du capital à des partenaires extérieurs. Des capitaux qui pourraient aider à l'installation de jeunes diplômés. Pour racheter une licence auprès de l'ARS (Agence régionale de Santé), certains s'endettent. Des capitaux qui pourraient aussi permettre une modernisation du réseau. Car le métier de pharmacien est en train de changer. L'Assurance maladie tente de réduire en effet ses dépenses en jouant sur les prix, les génériques et les déremboursements de certains produits. La pharmacie de demain, elle, réunira de plus en plus de services : vaccinations, dépistages, click and collect. Des investissements peu onéreux que les officines peuvent réaliser facilement elles-mêmes assure Gilles Bonnefond.

Les recommandations de l'Autorité de la concurrence vont-elles cette fois être suivies ? Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a rappelé récemment qu'elle ne mettrait pas en danger la sécurité des patients. Bruno Le Maire, à Bercy, a assuré qu'il ne toucherait pas aux règles du capital et a retiré le dossier de la loi Pacte. « C'est un rapport qui va finir aux oubliettes comme le précédent » espère Gilles Bonnefond. L'Autorité de la concurrence reconnait qu'il faut parfois de nombreuses années avant que les choses ne bougent, en prenant l'exemple de la libéralisation de la vente des pièces détachées dans l'automobile, au final elle bien réelle.