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Le projet de But pour reprendre Conforama

L’enseigne d’ameublement prévoit de maintenir les deux marques et espère échapper aux obstacles des autorités de la concurrence. L’alliance avec Conforama accentuerait les difficultés des fournisseurs. Une réunion entre les syndicats de Conforama et Bercy se tient vendredi soir.

C’est un jeu de poker menteur entre But et Conforama. Depuis une semaine, la direction de Conforama tente de repousser les assauts de son rival qui lui a proposé un projet de reprise début mai. Un scénario qui a été encouragé par Bercy, sous l’égide du comité interministériel aux restructurations industrielles (Ciri), la cellule qui gère les dossiers d’entreprises en difficultés.

Selon nos informations, But a manifesté à trois reprises son intérêt pour Conforama depuis le début de la crise. "Conforama n’a pas reçu d’offre ferme" nuance un proche de la direction.

La tension est à son maximum avec l’avenir de 8.000 salariés en jeu. Les syndicats de Conforama tiendront vendredi soir une réunion téléphonique avec les dirigeants du Ciri. Le PDG de Conforama Marc Ténart leur a d’abord assuré que But envisageait de démanteler Conforama. "On nous a dit au départ que But ne voulait reprendre qu’une trentaine de magasins" assure l’un d’entre eux. Un comble alors que Conforama devait vendre sa filiale espagnole en mars, avant que l’opération ne soit stoppée par la crise mi-mars.

Reprendre les emplois et les dettes

De son côté, le PDG de But, Alexandre Falck, a assuré qu’il visait une "reprise totale de Conforama", nous confie son entourage. Une condition sine qua non pour que Bercy et le conciliateur de Conforama envisage sa reprise par But, comme BFM Business l’a révélé. Selon nos informations, But est prêt à reprendre la totalité des salariés de Conforama, après le plan social qui doit encore avoir lieu. 1.600 postes doivent être supprimés sur les 8.600 que comptait l’enseigne en France l’an passé.

Selon les syndicats, 1.000 salariés sont déjà partis depuis un an. Au final, l’effectif de Conforama tomberait, après les départs, à 6.000 salariés. But s’est d’ailleurs engagé à reprendre la dette sociale du plan de départ de 116 millions d’euros. A cela s’ajoute les impayés auprès des fournisseurs qui s’élèvent à 150 millions d’euros.

Enfin, But serait prêt à renflouer Conforama pour environ 200 millions d’euros mais met un point d’honneur à ce que les actionnaires, les créanciers du sud-africain Steinhoff, ne touchent rien. "Ils pillent Conforama depuis deux ans, il est hors de question de leur donner un euro" estime une source proche de But. Dans le camp d’en face, on laisse craindre que But ne cherche à pousser Conforama au redressement judiciaire pour faciliter sa reprise sans les passifs sociaux du plan social. Une issue possible que pourrait rendre l’administrateur judiciaire Frédéric Abitbol, qui joue les conciliateurs pour Conforama.

Maintenir les deux enseignes

Sur le plan industriel, le plan de But consiste à maintenir la marque et le réseau Conforama. L’an passé, l’enseigne avait réalisé une étude poussée sur les obstacles liées aux autorités de la concurrence. Sur les 165 magasins Conforama, 90 sont dans les mêmes zone commerciales que But. Sauf que depuis le rachat de Darty par Fnac en 2016, l’Autorité de la concurrence prend en compte dans ses calculs de parts de marché le poids du e-commerce, Amazon ou autre CDiscount. D’après ses calculs, But estime que seulement une dizaine de magasins Conforama ne pourraient être repris.

L’idée de l’actionnaire de But, le groupe autrichien Lutz, est de laisser coexister les deux marques But et Conforama. Il fait valoir ce que le britannique Kingfisher a réussi à faire avec ses deux enseignes de bricolage Castorama et Brico-Dépôt, chacune sur son créneau. Ironie de l’histoire, l’actuel patron de Conforama, Marc Ténart était patron de Castorama en 2015 quand celui de Brico-Dépôt était Alexandre Falck, l’actuel patron de But! Les deux hommes se connaissent bien et pourraient à nouveau se retrouver.

Les fournisseurs s’inquiètent

Le maintien de deux enseignes se ferait tout en multipliant les économies de coûts sur les sièges, les fonctions transversales et évidemment les fournisseurs. C’est là l’autre grand problème de cette opération. La filière "meuble-bois" souffre depuis plusieurs années et quelques fournisseurs, comme Gautier et Cofel, s’inquiètent du mariage entre deux grands clients. "Ils ont peur d’être essoré sur les prix mais aujourd’hui, ils ont surtout peur de ne pas être payé par Conforama" nuance un acteur du dossier.

Pour peser dans les discussions avec Bercy, ils sont conseillés par René Ricol, expert comptable reconnu qui dispose d’un large carnet d’adresses dans les arcanes du pouvoir. Pour les rassurer, But serait prêt à signer un contrat de filière et à s’engager sur des commandes de volumes de meubles sur trois ans. Certains fournisseurs soutiendraient le rapprochement de But et Conforama. C’est peut-être eux qui pourraient faire pencher la balance car la filière compte 110.000 emplois.