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Le casse-tête de l'excédent de 450.000 tonnes de pommes de terre chiffré à 35 millions d'euros

450.000 tonnes de surplus de pommes de terre. La France est premier pays exportateur mondial de la tubercule et fournisseur des géants de la frite industrielle

450.000 tonnes de surplus de pommes de terre. La France est premier pays exportateur mondial de la tubercule et fournisseur des géants de la frite industrielle - Martin Bureau - AFP

Le surplus de pommes de terre en France est estimé à 450.000 tonnes dont la moitié reste sans preneur. Le groupement interprofessionnel de la pomme de terre (GIPT) sollicite une "aide d'urgence" de 35 millions d'euros pour gérer cet excédent et éviter des conséquences sanitaires et environnementales.

Dans la pomme de terre il n'y a pas de pénurie, bien au contraire. Depuis le 15 mars, date de la fermeture des restaurants, fast-food et cantines scolaires, les producteurs se retrouvent avec un excédent de 450.000 tonnes dont la moitié était destiné au marché français de la transformation et le reste à l'exportation.

Depuis quelques semaines, les professionnels cherchent à s'en débarrasser au plus vite pour ne pas saturer les entrepôts qui dès septembre prochain devront accueillir les nouvelles récoltes.

"Une petite partie a été vendue au détail dans les circuits alternatifs, mais le gros de ce stock soit environ 250.000 tonnes risque d'être épandu dans les champs si aucune solution n'est trouvée d'ici l'été", a expliqué Bertrand Ouillon, délégué du GIPT, en précisant que cela représente un manque à gagner de 200 millions d'euros pour les producteurs.

Payer le transport et la logistique

Pourtant les solutions ne manquent pas. Le gros de cet excédent intéresse déjà les éleveurs qui craignent un manque de fourrage causé par la sécheresse. Le secteur de l'énergie pourrait aussi en prendre une partie afin de la méthaniser. Enfin, les féculeries sont prêtes à en prendre aussi une petite part. Mais ces solutions pourraient coûter encore 35 millions d'euros à la filière, indique le GIPT. 

"C'est le transport et la logistique qui coûtent le plus, les stocks se trouvent dans le Nord et les éleveurs sont dans l'ouest et le centre. Il faut aussi livrer les producteurs d'énergie. Quant aux féculeries, il faudra leur demander d'ouvrir cet été, mais les producteurs devront garder les stocks encore trois mois alors que la saison de la pomme de terre va reprendre", signale Bertrand Ouillon.

"Qui va payer les 35 millions d'euros nécessaires pour couvrir les frais?", demande le délégué du GIPT. La France et l'Europe se passent le dossier comme une patate chaude. Les professionnels du secteur ont demandé une aide financière au ministère de l'Agriculture qui estime que le dossier est du ressort de l'Europe. "Mais Bruxelles nous dit que c'est un dossier français", déplore le GIPT qui craint que cet excédent finisse dans les champs.

Trop cher à donner et impossible à vendre en magasins

Les offrir à des oeuvres de charité? Oui, mais les frais d'ensachage restent élevés. La vente aux particuliers dans les magasins et les marchés? L’option a été rejetée. 

"Il est inacceptable d’engager sur le marché du frais français, des opérations de dégagement de pommes de terre qui n’étaient pas initialement destinées à notre marché. Ces volumes provoqueraient un excès d’offre inutile sur un marché aujourd’hui à l’équilibre", a répondu Luc Chatelain, président du Comité national interprofessionnel de la pomme de terre (CNIPT), l'organisme en charge des marchés du frais.

Pour Bertrand Ouillon, la situation est grave. D'abord économiquement, mais aussi, si aucune solution n'est trouvée, elle pourrait avoir des conséquences sanitaires et environnementales. "Le risque est de voir se développer des dépôts sauvages de déchets de pommes de terre dans la nature, qui sont vecteurs de foyers infectieux de maladies fongiques ou de pollution par fermentation", craint le délégué du GIPT.

La France, qui produit 6 à 7 millions de tonnes de pommes de terre par an, est aussi le premier exportateur mondial du tubercule. 

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco