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La contrefaçon de médicaments plus lucrative que le trafic de drogue

Le trafic de faux médicaments représenterait un marché de 75 milliards.

Le trafic de faux médicaments représenterait un marché de 75 milliards. - -

Avec un taux de retour sur investissement 10 à 25 fois supérieur que le trafic d'héroïne ou de fausse monnaie, les organisations criminelles se tournent de plus en plus vers la falsification de médicaments. C'est la mise en garde faite par l'Iracm, ce 25 septembre

Antibiotiques, antipaludéens, analgésiques, vaccins … Aucun médicament n'échappe aux circuits de la contrefaçon. Dans un rapport publié ce mercredi 25 septembre, l'Iracm (Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments) s'est penché sur l'organisation de ces trafics criminels et à ses conséquences économiques.

"La contrefaçon de médicaments, c'est un chiffre noir probablement considérable. Certaines estimations ont établi qu'en 2010 ce marché avait atteint 75 milliards de dollars", explique Bernard Leroy, le directeur de L'Iracm.

Mais ce que l'institut met en avant, c'est l'extrême rentabilité de ce trafic qui de ce fait, attire de plus en plus les criminels. Quand un trafiquant investit 1.000 euros dans la fausse monnaie ou l'héroïne, il peut espérer obtenir 20.000 dollars. Le retour sur investissement s'établit entre 200.000 et 450.000 euros pour la contrefaçon de médicament.

"En plus d'être lucratif, ce trafic est plus facile à mettre en place que celui de la drogue et offre des débouchés plus large. Et les peines encourues pour les criminels sont beaucoup plus légères", ajoute-t-il.

Des recettes fiscales en moins

Aussi, quand les autorités réalisent un coup de filet, l'étalage de chiffres est impressionnant. Ainsi, le britannique Peter Gillepsie a mis sur pied une société basée au Luxembourg qui, entre décembre 2006 et mars 2007, a écoulé 72.000 paquets de faux médicaments pour un bénéfice estimé à 3 millions de livres. Ou encore l'affaire Glavmed, l'un des plus importants réseau de distribution russe, qui a permis de fermer un site qui a reçu environ 1,5 million de commandes en 3 ans, pour des revenus mensuels de près d'un million d'euros.

Au delà des retombées sanitaires, ces pratiques frauduleuses touchent de plein fouet les industries pharmaceutiques, qui verraient leurs chiffres d'affaires diminués de 10 à 15%. Mais c'est sans compter les répercussions en termes d'images, de capacités d'investissements.

Enfin, cette économie parallèle a aussi une incidence sur les recettes fiscales des Etats. Ce marché noir représente un manque à gagner en terme de TVA, de droits de douane. En Chine, les services officiels estimaient que la contrefaçon (tous secteurs confondus) avaient amputé les recettes fiscales de" 3 milliards en 2003. En Grande Bretagne, l'évasion fiscale s'élevait à 2,4 milliards de dollars la même année.

Coralie Cathelinais