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Des religieux français relancent la fabrication de bière d'abbaye

Les moines bénédictins de Saint-Wandrille (Seine-Maritime) ont relancé la production de bière artisanale monastique en France. (image d'illustration)

Les moines bénédictins de Saint-Wandrille (Seine-Maritime) ont relancé la production de bière artisanale monastique en France. (image d'illustration) - Jure Makoviec - AFP

Des moins bénédictins installés en Seine-Maritime viennent de relancer la production d'une bière monastique. Un savoir-faire que l'on croyait à jamais disparu en France.

Contrairement à la Belgique où la bière trappiste a fait florès, la France n'avait plus connu, depuis de longs siècles, de bière d'abbaye produite sur son sol par les moines eux-mêmes À l'exception de celle de Sept-Fons (Allier), produite pendant quelques années, au début du 20e siècle.

Derrière les vénérables murs de l'abbaye bénédictine de Saint-Wandrille (Seine-Maritime), fondée en 649, des religieux ont décidé de relancer cette activité. Une "bonne nouvelle" qui s'est déjà répandue dans le monde de la bière artisanale. "Les retours sont bons. Pour moi c'est un grand événement, l'un des plus importants que j'ai connus dans ma carrière entamée en 1973" confie à l'AFP le biérologue de renom Hervé Marziou, 69 ans, qui a conseillé les moines normands.

Le Frère Benoît pose avec une bouteille de bière de l'abbaye Saint-Wandrille.
Le Frère Benoît pose avec une bouteille de bière de l'abbaye Saint-Wandrille. © Charly Triballeau - AFP

Une boisson écoulée à un rythme soutenu 

Début août, les religieux ont commencé à diffuser leur production, mais le véritable lancement commercial de la bière Saint-Wandrille "brassée par les moines" a eu lieu début décembre. Une production qui s'écoule à un rythme soutenu. Quelque 25.000 bouteilles de 50 centilitres, au prix de 4,50 euros l'unité, ont déjà été vendues dans la boutique de l'abbaye, ou dans d'autres établissements monastiques de France, par internet ou encore par l'intermédiaire de quelques cavistes et épiceries fines, comme le Comptoir des Abbayes à Paris.

Dans les abbayes bénédictines, le travail est impératif pour respecter la règle de Saint Benoît (milieu du 6e siècle) qui édicte: "Ils sont véritablement moines s'ils vivent du travail de leurs mains comme nos pères et les apôtres". À Saint-Wandrille, les moines ont produit différentes choses, comme de la cire encaustique, puis se sont lancés dans la microcopie, dans les années 70. Mais ils n'ont pu suivre l'évolution technologique et ont cédé leur affaire. Il fallait trouver une autre activité. Car l'abbaye, classée monument historique, a besoin d'argent pour de lourds travaux de restauration.

Une formation nécessaire 

"En août 2014, nous nous sommes réunis et l'idée de la fabrication d'une bière a germé", raconte frère Benoît, 29 ans, chargé de la communication. Parmi les trente moines qui composent cette communauté, deux se sont lancés dans l'aventure. Frère Matthieu, 31 ans, et frère Christian, 70 ans, sont allé se former au lycée agricole Biotech' de Douai (Nord). À leur retour, ils se sont exercés sur un kit de brassage offert par des Anglais.

Un homme travaille dans la brasserie de l'abbaye Saint-Wandrille
Un homme travaille dans la brasserie de l'abbaye Saint-Wandrille © Charly Triballeau - AFP

Un comité de dégustation s'est accordé sur le goût - amer mais pas trop - et la couleur, plutôt caramel, entre la blonde et l'ambrée. "Ils se sont démarqués des bières belges aux notes sucrées, mais avec moins d'amertume que les bières typiques du nord de la France", explique Thierry Cauet, leur formateur de Douai. Il estime que ce goût va plaire dans de nombreuses régions françaises. En fait, cette bière a une petite touche venant du voisin d'outre-Manche. Quatre houblons de variété anglaise, mais cultivés en France, entrent dans sa composition. "Deux houblons amérisants et deux arômatiques", précise frère Matthieu qui, ignorant tout de la bière au départ, en parle désormais savamment.

Un investissement conséquent 

Fin 2015, les moines ont fait le grand saut financier en sollicitant un prêt du Crédit Agricole de 750.000 euros pour l'acquisition d'un matériel neuf et automatisé. La chaîne d'embouteillage permet de remplir 1.500 bouteilles à l'heure. L'objectif de production est de 80.000 litres par an. Outre les deux frères brasseurs, d'autres sont impliqués dans le marketing ou bien le remplissage des cartons.

Les revenus générés par cette activité vont permettre la réfection d'une aile de l'abbaye, qui menaçait de s'effondrer, l'ouverture d'une nouvelle hôtellerie pour des retraitants de plus en plus nombreux, la consolidation des ruines de l'ancienne abbatiale et la restauration du cloître gothique dont une frise représente une feuille de... houblon. Signe que l'esprit de la bière a déjà soufflé à Saint-Wandrille.

A.M. avec AFP