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Cette solution miracle anti-paludisme ne trouve pas de financement

Deux étudiants burkinabés ont mis au point une solution très innovante contre le paludisme.

Deux étudiants burkinabés ont mis au point une solution très innovante contre le paludisme. - Gabriel Flores Romero - Flickr - CC

Deux étudiants ont mis au point une innovation exceptionnelle en matière de lutte contre la malaria qui suscite l'enthousiasme international. Et pourtant, ils ne trouvent personne pour financer son développement.

Le remède contre l'un des plus féroces fléaux sanitaires du monde, le paludisme, pourrait ne jamais être commercialisé faute de financement. C'est l'étonnante histoire que rapporte Le Monde, ce 3 mars. Deux étudiants africains, Gérard Niyondiko et Moctar Dembélé, ont mis au point au début des années 2010 un savon qui permet de lutter contre la malaria, l'autre nom de la maladie, le Faso Soap.

Le produit est révolutionnaire. Ni médicament, ni vaccin, seulement une lotion avec laquelle se laver, ce qui permet de se traiter sans rien changer à son mode de vie. Elle repousse les moustiques, dont la piqûre est le principal vecteur de transmission de la maladie. Le Faso Soap contient en outre un larvicide qui, mêlé aux eaux stagnantes, empêche la prolifération de ces insectes. Preuve de l'espoir suscité par leur invention, les deux burkinabés ont remporté en 2013 un concours international organisé par la prestigieuse université de Berkeley qui récompense jeunes diplômés et créateurs d'entreprise à "fort impact social ou environnemental". À l'époque, ils sont en master à l'institut international d'ingénierie de l'eau et de l'environnement de Ouagadougou.

Un coût trop ou pas assez élevé

La victoire leur apporte une grande visibilité. Des médias du monde entier les sollicitent. Ils nouent un partenariat avec une école d'ingénieurs lyonnaise avec qui ils travaillent pour optimiser le produit. Mais il reste encore de nombreuses étapes à franchir avant d'envisager une commercialisation. Il faut des tests en laboratoire pour améliorer le produit, d'autres pour s'assurer de son innocuité, puis des essais en condition. Des étapes qui nécessitent des fonds. Et c'est là que le bât blesse. Car malgré l'enthousiasme accompagnant leur victoire au concours, les investisseurs enclins à financer la recherche et le développement du produit ne se pressent pas au portillon, loin de là.

Le coût total des tests n'est pourtant pas délirant: il est estimé entre 40.000 et 50.000 euros. C'est peut-être ce montant qui, paradoxalement, empêche les porteurs du projet de trouver des fonds. Il exclut par exemple la possibilité de solliciter l'Union européenne ou des organisations spécialistes du palu, qui n'étudient que des projets à plusieurs millions d'euros. À l'inverse, ces quelques dizaines de milliers d'euros pèsent trop lourd pour de petites ONG. Le financement de Faso Soap "n'est entré dans aucune case", souligne l'un de ses concepteurs dans Le Monde. Quant aux investisseurs particuliers, ils jettent l'éponge dès qu'ils comprennent que le produit n'existe pas encore et qu'il faut d'abord terminer les tests en laboratoire, explique-t-il.

Pas d'antidote

C'est ainsi que l'équipe de Faso Soap a décidé de se tourner vers des plateformes de financement participatif. Le projet débarquera sur la plateforme Ulule en avril, pour tenter de glaner quelque 30.000 euros pour relancer le développement du produit. S'ils parviennent à réunir ces fonds, et que les tests valident la composition du produit, les premiers savons pourraient débarquer sur le marché en 2017.

Le marché de la lutte contre le paludisme est colossal. Malgré une forte diminution de la morbidité depuis 2000, la maladie parasitaire tue à peu près autant que la tuberculose ou le sida, selon l'Inserm. L'Organisation mondiale de la Santé recensait près de 600.000 décès dans le monde en 2015.

Elle sévit principalement dans les zones marécageuses, tout autour du globe. L'hémisphère sud est globalement concerné, l'Afrique au premier chef, puisqu'elle concentre 80% des cas et 90% de la mortalité. Une létalité qui touche en premier lieu les enfants. Au sud du Sahara, la malaria est la première cause de mortalité. Or il n'y a pas d'antidote contre la maladie. Seulement des traitements préventifs type vaccin, médicament, ou protection anti-moustiques, dont le coût est élevé, la toxicité intense, et le taux d'efficacité peu satisfaisant. Ce qui n'empêche pas les grands laboratoires comme Novartis et Sanofi d'avoir écoulé ces dix dernières années des centaines de millions d'unités de leurs traitements.

Nina Godart