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Bientôt des médicaments sans ordonnance vendus en grande surface?

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Le gendarme de la concurrence recommande d'élargir la vente de certains médicaments sans ordonnance aux parapharmacies et à la grande distribution. Sont visés, les traitements contre les rhumes ou les maux de gorge, les dispositifs de diagnostic in vitro (dépistage VIH, glycémie).

C'est un "serpent de mer" de l'ouverture à la concurrence d'un monopole très fermé en France, celui de la vente de médicaments par les pharmacies, qui redevient d''actualité. Même les centres E.Leclerc ont renoncé à s'y attaquer, se contentant d'aborder le marché de la parapharmacie. L'Autorité de la concurrence préconise "d'assouplir partiellement et de manière strictement encadrée le monopole officinal pour autoriser la dispensation de médicaments en parapharmacies et en grandes surfaces."

L'enjeu de cette recommandation consiste, selon elle, "à améliorer l'accessibilité des produits concernés et de fournir une plus grande concurrence par les prix quand celle-ci est autorisée, au bénéfice du pouvoir d'achat du patient."

Cette brèche dans le monopole des officines se limiterait :

aux médicaments à prescription médicale facultative (traitements des maux de gorge, rhumes, plaies superficielles, etc.)

aux dispositifs médicaux de diagnostic in vitro (autotests de dépistage VIH, lecteurs de glycémie, dosage du cholestérol, tests de diagnostic pour la maladie de Lyme, etc.).

à certaines plantes médicinales (inscrites à la pharmacopée)

à certaines huiles essentielles jusque-là réservées à la vente en officine.

Soucieuse de prévenir tout critique sur la remise en cause éventuelle des impératifs de santé publique que pourrait induire cette ouverture, l'Autorité recommande que la délivrance de ces médicaments et produits soit obligatoirement faite sous la responsabilité d'un pharmacien diplômé, dans un espace dédié, bénéficiant d'une caisse enregistreuse séparée.

L'installation de points de vente concurrents serait encadrée

L'installation de ces nouveaux lieux de dispensation devrait aussi être encadrée par les autorités pour ne pas affaiblir le maillage territorial des pharmacies, l'une des craintes majeures des syndicats du secteur. "Ne pas fragiliser une officine en situation délicate pourrait être un motif de refus tout à fait légitime" à l'installation d'un espace concurrent dans un supermarché voisin, a ainsi estimé lors Isabelle de Silva, la présidente de l'Autorité.

  • L'Autorité a par ailleurs recommandé de clarifier l'encadrement actuel de la publicité sur les prix de produits de parapharmacie, actuellement très restrictives pour les officines, et d'assouplir les modalités de vente en ligne des médicaments sans ordonnance par les pharmacies, un mode de distribution encore très marginal en France bien qu'autorisé depuis fin 2012.

"Son cadre très restrictif ne permet pas aux officines - seules habilitées à ouvrir un site - de se développer ni de concurrencer efficacement leurs homologues européens" regrette l'Autorité.

Frédéric Bergé avec AFP