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Comment les sucreries nuisent à la croissance mondiale

La croissance de l'économie mondiale pourrait être rognée, dans les vingt prochaines années, par l'alimentation trop sucrée de la population de la planète.

La croissance de l'économie mondiale pourrait être rognée, dans les vingt prochaines années, par l'alimentation trop sucrée de la population de la planète. - Víctor Nuño - Flickr - CC

La trop forte consommation de sucre dans le monde nuit à la santé, on le savait. Ce qu'on ne soupçonnait pas, c'est qu'elle puisse nuire à la croissance économique. C'est pourtant le cas, selon une étude de la banque Morgan Stanley.

L'excès de sucre ne rongerait pas seulement l'émail de vos dents mais aussi la richesse produite par votre pays. "The bitter aftertaste of sugar". (traduction: "le goût amer du sucre"), tel est le nom de l'enquête de Morgan Stanley dont les conclusions sont rapportées par Le Temps ce lundi 18 mai.

Cette étude s'intéresse à l'impact de la surconsommation de glucose sur la santé… économique. L'étude révèle ainsi les coûts indirects du diabète de type 2 (le plus courant), de l'obésité et des autres complications directement liées à l'abus de sucreries sur l'économie. Un impact double: ces maladies augmentent les dépenses de santé des pays, et réduisent la productivité des travailleurs, peut-on lire dans le document.

Sur la santé, les effets du trop-plein de sucre ne sont plus à démontrer. La consommation globale de calories s'est accrue de 30% en 50 ans. Le nombre d'obèses a doublé dans le monde depuis 1980, pour dépasser les 2 milliards d'individus. En conséquence, "le diabète est devenue la 8ème cause de mortalité avant 60 ans", rappelle Le Temps.

Un demi-point de croissance grignoté par le sucre

La nouveauté, mise en évidence par Morgan Stanley, est l'impact de la consommation excessive de sucre sur la croissance économique. Cet effet se mesure de manière très différente d'un pays à l'autre, précise la banque. Mais l'étude prévoit que la mauvaise hygiène alimentaire mondiale rognera la croissance telle que prévue par l'OCDE d'un demi-point sur les vingt prochaines années. Au lieu d'être de 2,3%, elle devrait se situer à 1,8% entre 2015 et 2035. L'hypothèse la plus pessimiste voit même l'augmentation de la croissance mondiale tomber à 1,3%.

La consommation d'or blanc étant en augmentation dans les pays émergents, et l'obésité avec elle, les pays les plus touchés seront le Chili, la République Tchèque et le Mexique. Des pays où "le taux de ressortissants diabétiques s'élève à deux chiffres, où la proportion d'obèses est la plus élevée", souligne Carmen Nuzzo, économiste européenne chez Morgan Stanley. Chez les BRICS (Bresil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), la croissance prévue à 4,5% par l'OCDE ne devrait pas excéder 4,2%, et même 3,9% au pire des cas, si les populations continuent de manger de plus en plus sucré.

La France s'en tire bien

Quand bien même l'obésité se stabilise dans les pays industrialisés, les Etats-Unis et l'Australie pâtiront également d'un manque à gagner en termes de croissance. Celle de l'Amérique du Nord n'excéderait pas les 1,8%, au lieu des 2,5% prévus, et sa productivité, censée atteindre 1,8%, se limiterait à 1,3% selon l'étude.

La France, en revanche, s'en tire bien. L'Hexagone est ainsi le troisième pays le moins affecté, juste après le Japon et la Suisse. Les trois forment le podium des pays qui subiraient les pertes de croissance les plus dérisoires à ce titre.

L'étude assure toutefois que de "légers ajustements diététiques" peuvent influencer positivement la santé, et donc la croissance. Celle de l'économie en tout cas. Pas celle de l'industrie des sodas, la plus menacée par la tendance à la réduction de la consommation de sucre. Déjà, les fabricants de Coca, Pepsi et autres concurrents ont vu leur croissance se réduire à 1,1%, à comparer aux 5,4% de moyenne des autres producteurs de boissons non-alcoolisées.

N.G.