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Comment les écologistes veulent briser l’hégémonie du PIB

Cette proposition est portée par la députée écologiste Eva Sas

Cette proposition est portée par la députée écologiste Eva Sas - Mathieu Delmestre – PS – Flickr - CC

Adoptée par le Parlement ce jeudi 2 avril, la proposition de loi de la députée écologiste Eva Sas vise à définir des indicateurs économiques qui rendent mieux compte de la vie des Français.

C'est un serpent de mer qui revient régulièrement à la surface: le PIB est-il un bon instrument de mesure de la richesse? En 2008, déjà une commission d'économistes menée par le Prix Nobel d'Economie 2001 Joseph Stiglitz avait souligné les limites de cet indicateur.

La proposition de loi écologiste, adoptée ce jeudi 2 avril par le Parlement, ne compte pas remettre en cause le PIB.

Mais le texte rappelle que le PIB n'est "qu’un indicateur global, qui ne prend pas en compte la répartition des nouvelles richesses créées, et donc les inégalités. Ce défaut est à l’origine d’une incompréhension, voire, dans certains pays, d’une défiance des citoyens face aux statistiques officielles".

Utiliser des "mesures plurielles"

La proposition de loi cite des chiffres de l'Insee publié en septembre 2013 qui révélait ainsi qu'en 2011, le taux de pauvreté avait progressé pour atteindre 14,3% du PIB contre 14% en 2010, atteignant ainsi 8,7 millions de Français. Or, en 2011, le PIB de la France avait progressé pour dépasser son niveau d'avant-crise.

D'où la nécessité pour les écologistes d'introduire de nouveaux indicateurs. "Il ne s'agit pas de désavouer les mesures de production telles que PIB (…) mais d'utiliser des mesures plurielles et de leur donner un poids dans la décision publique au moins aussi important", peut-on lire dans le texte.

Sauf qu'aucun indicateur n'est réellement défini par la proposition. "Si on avait inclut des indicateurs précis, nous y serions encore dans 35 ans ", explique l'auteur de la proposition de loi, la députée écologiste Eva Sas.

"C'est donc une volonté de notre part de ne pas établir de listes car nous considérons que ce sujet doit faire l'objet d'un débat citoyen qui s'inscrit dans le cadre des travaux internationaux, comme ceux de l'OCDE et d'Eurostat", ajoute l'élue, qui estime qu'une telle consultation pourrait pendre "deux à trois mois".

David Cameron comme exemple 

De fait, la proposition de loi vise à créer "une démarche" pour que le gouvernement puisse ensuite s'approprier le sujet, explique Eva Sas.

"Mais il faut un débat citoyen sur ce sujet. La Wallonie (créatrice de 5 indicateurs visant à mesurer le bien être en 2013, ndlr) ne l'a pas fait. Elle l'a ensuite regretté", indique-t-elle.

Selon Eva Sas, le meilleur exemple est britannique. Depuis 2010 à l'initiative du Premier ministre David Cameron, le Royaume-Uni a instauré une "wheel of well-being" ("la roue du bien-être") avec une trentaine d'indicateurs répartis en six grandes thématiques ("corps","planète","population", "spiritualité", "esprit", et "lieu de vie").

Un indicateur de patrimoine économique

Pour ce qui est de la France, à défaut de les inscrire dans le marbre et dans la proposition de loi, la députée donne néanmoins quelques exemples d'indicateurs. Les deux premiers sont assez classiques: l'empreinte carbone et les inégalités de revenus. Pour le deuxième indicateur, la députée souhaiterait "que les données soient davantage actualisées, car nous avons un train de retard", les données les plus récentes datant de 2011.

Plus original, en face des indicateurs d'endettement sur lesquels le débat se focalise, des "indicateurs de patrimoine économique et d'investissement" pourraient être affichés.

"En comptabilité privée, on met l'actif (le patrimoine, ndlr) en face du passif (la dette, ndlr), ce qui n'est pas le cas avec la comptabilité publique", explique Eva Sas qui cite l'exemple de l'Allemagne. "L'endettement est en train de se résorber mais en même le patrimoine se dégrade car il y a un manque d'investissement. Les infrastructures se détériorent".

Quant à la probabilité de voir le gouvernement s'emparer de ce sujet, Eva Sas reste confiante. "Ils (l'exécutif, ndlr) peuvent comprendre une chose importante: les Français considèrent que l'on comprend mal leur quotidien. Or avec cette mesure, le gouvernement connaîtrait mieux la société", fait-elle valoir.