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Comment Arianespace fait face à la crise sanitaire mais aussi au changement climatique

Arianespace compte encore effectuer quatre lancements en 2020

Arianespace compte encore effectuer quatre lancements en 2020 - S. Martin - ESA/CNES/ARIANESPACE/AFP

Arianespace compte effectuer quatre lancements d'ici à la fin de l'année, soit davantage de tirs qu'en 2019. Un défi en période d'épidémie. Le changement climatique complique aussi les choses.

D'ici la fin de l'année, Arianespace veut faire mieux qu'en 2019 malgré une situation mondialement compliquée. Elle compte encore effectuer quatre lancements en 2020, soit quatre lancements en seulement un mois et demi. Ce sera "une fin d'année intense", reconnait le groupe dans un communiqué.

Trois de ces lancements seront effectués depuis Kourou, en Guyane. Ils se composent d'une fusée Vega et de deux Soyouz. Le quatrième, un autre Soyouz, sera tiré depuis la base de Vostochny en Russie.

S'ils sont réalisés, "la performance opérationnelle établie en 2019 pourrait être dépassée avec 10 lancements au total en 2020, dont trois Ariane 5, cinq Soyouz et deux Vega", affirme Arianespace. Elle en avait réalisé neuf en 2019 et 11 en 2018.

Cet engagement n'est pas un challenge destiné seulement à dépasser un record. Il s'agit de maintenir le chiffre d'affaires d'Arianespace à un plus d'un milliard d'euros comme l'an passé avait confié début novembre aux Echos son président exécutif Stéphane Israël.

Des cylones d'une extrême violence

En effet, l'année 2020 a été compliquée. La pandémie et la mise en faillite de la constellation Oneweb, un important client d'Arianespace depuis repris par le gouvernement britannique et le groupe indien Barthi, ont douché l'espoir de maintenir facilement le chiffre d'affaires d'Arianespace. Comme le rappelait Stéphane Israël dans Les Echos, "nous envisagions de réaliser une vingtaine de tirs en 2020", un objectif deux fois supérieur à ce qui s'apprête à être lancé.

Si la pandémie de Covid-19 a perturbé les plans d'Arianespace comme de toute l'industrie aérospatiale, une autre incertitude est venue perturber l'activité à Kourou: les conditions climatiques. Conditions qui avaient déjà perturbé cette année le lancement de Vega. Le typhon Maysak, particulièrement violent, ne permettait alors pas d'effectuer le tir depuis Kourou. Après plusieurs tentatives, cette fusée, la plus légère de la gamme d'Arianespace, a finalement été tirée le 2 septembre pour mettre en orbite 53 satellites.

Cet été, il y a eu des reports partout dans le monde, c'est le changement climatique. Avant, on avait des régimes de vents à 150-200 à l'heure, aujourd'hui on est à 300 km/h", expliquait à l'époque Jean-Yves Le Gall, directeur du CNES.

Pour les experts en climatologie, ces phénomènes compliquent les tirs, notamment depuis la Guyane. Ils ne mutliplient pas le nombre des cyclones mais amplifient leur puissance.

Il y a toujours eu des cyclones dans l'Atlantique nord. Leur fréquence n'augmente pas significativement depuis 15 ans, mais le changement climatique accentue leur intensité. Il accélére les perturbations", explique à BFMTV Christian de Perthuis*, professeur d'économie à l'université Paris Dauphine et fondateur de la Chaire Economie du Climat.

Le chercheur précise aussi que le changement climatique à d'autres effets. "L'autre phénomène concerne leur trajectoire. Ces cyclones se déplacent dans des régions inhabituelles. Ils arrivent en Europe", explique ce spécialiste.

Ils sont mêmes déjà arrivés. En 2019, l'ouragan tropical Lorenzo a frappé les Açores et l’Irlande. Il a même fortement inquiété les habitants de la côte ouest de la France.

Une possibilité de lancement tous les deux à trois ans pour Mars

Déplacer les tirs? Evidemment impossible de transférer la base de Kourou choisi pour sa proximité avec l'équateur. Attendre le bon moment pour effectuer les tirs? Oui, mais ce n'est pas un choix humain, comme nous l'a expliqué le Cnes.

Les dates sont choisies de manière scientifique par des algorithmes pour optimiser le trajet et utiliser le moins de carburant", indique une porte parole du Cnes à BFM Business.

Par exemple, pour lancer une fusée à destination de la planète Mars, il n'y aurait qu'une possibilité tous les deux ou trois ans. C'est le délai qu'il faudra pour faire une nouvelle tentative en cas de contre temps.

Ces phénomènes pourrait désavantager Kourou face aux autres plateformes de lancement, notamment Cap Canaveral d'où partent les fusées de SpaceX. Selon Christian de Perthuis, "Cap Canaveral n'est pas touché par ce phénomène même s'il touche aussi le sud des Etats-Unis".

Huit Ariane 5 restent à lancer d'ici 2022

Le calendrier d'Arianespace sera-t-il contrarié? Le goupe a annoncé la signature d'un contrat pour le lancement en 2022 d'un satellite de télécommunications en orbite géostationnaire avec un opérateur non révélé. Il doit être effectué par une fusée Ariane 5.

Par ailleurs, huit Ariane 5 restent à lancer avant la fin de son exploitation et le passage de relais à Ariane 6, dont le premier vol, initialement prévu fin 2020, a été reporté au premier trimestre 2022.

Ce report ne serait pas duu au changement climatique, mais directement causé par la crise sanitaire. En juillet, Arianespace et l'ESA (Agence spatiale européenne) avaient déjà annoncé un report pour 2021 en raison de l'arrêt des activités spatiales pendant le confinement. Cette rupture aurait repoussé les tests du moteur à propulsion solide prévu au printemps 2020. Entre les mois de mars et mai, toutes les opérations à Kourou ont été suspendus provoquant des décalages en cascade des étapes.

Mais, après la crise sanitaire et le climat, un autre défi se présente pour Arianespace.

Il est clair que pour des lancements jusqu'en 2022, notre offre commerciale avec Ariane va être contrainte. Il nous reste seulement huit fusées Ariane 5 à lancer, et presque toute notre capacité est déjà commercialisée. Nous allons donc sans doute devoir reporter certains lancements prévus sur Ariane 6 sur Soyouz", a résumé Stéphane Israël.

* Christian de Perthuis vient de publier "Covid-19 et réchauffement climatique" aux éditions De Boeck Supérieur, 144 p, 16 euros.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco