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Ce que les Français ont économisé grâce à la chute des prix du pétrole

Les Parisiens ont moins profité de la baisse des prix à la pompe que les autres Français

Les Parisiens ont moins profité de la baisse des prix à la pompe que les autres Français - Fred Tanneau - AFP

"Dans sa note de conjoncture publiée ce jeudi 17 mars, l'Insee évalue à 23,3 milliards d'euros la somme économisée en 2015 par les ménages et les entreprises du fait de la dégringolade des cours de l'or noir. Pour chaque Français cela représente 160 euros en moyenne."

Les Trente Glorieuses, période bénie de croissance de l'économie tricolore, avaient pris fin avec le choc pétrolier de 1973. 43 ans plus tard, la France fait cette fois face à un véritable contre-choc pétrolier.

De 112 dollars à la mi-2014, les cours du pétrole ont dévissés, au point d'osciller autour des 40 dollars. Un choc qui se traduit "par un transfert des richesses des pays producteurs vers les pays importateurs dont la France", rappelle Vladimir Passeron, chef du département de la conjoncture à l'Insee.

L'institut de conjoncture avait déjà calculé que la baisse des cours du pétrole avait dopé la croissance française en 2015 de 0,4%. Mais l'Insee n'avait pas encore chiffré le montant de ce "transfert de richesse". C'est désormais chose faite.

23,3 milliards d'économies

Dans sa dernière note de conjoncture l'Insee estime que la dégringolade des cours de l'or noir ont permis à la France d'économiser 23,3 milliards d'euros en 2015 par rapport à 2013, et 7 milliards en 2014. En pour 2016, l'institut table sur 34 milliards d'économies. Dans le détail, pour 2015, 14,1 milliards ont été économisés sur les importations de pétrole, 3,9 milliards sur celles de gaz et 5,2 milliards sur les exportations directes de produits raffinés (essence, gazole…).

Qui profite de ces économies? Réponse: un peu tout le monde. "Ce gain a d'abord été reçu par les branches de raffinage et de fabrication de combustibles gazeux puis il a rapidement été transmis aux ménages et aux autres branches de l'Économie", explique Vladimir Passeron.

Pour ce qui est des ménages, il convient de rappeler que les dépenses de carburant constitue 5% de leurs dépenses annuelles en valeur soit cinq fois plus que le gaz en moyenne. Même si, évidemment, l'Insee rappelle bien que la chute des prix du pétrole ne s'est pas complètement transmise aux prix à la pompe, les tarifs de l'essence et du gazole étant composés de taxes pour environ 60%. L'Insee considère qu'une baisse de 10 euros sur les prix du baril se traduit à long terme par une chute de 7 à 8 centimes sur le prix au litre hors taxe.

Les Parisiens et les Marseillais y ont moins gagné

Au final, la chute des prix du pétrole a quand même fait gagner 10,6 milliards d'euros en 2015 aux ménages tricolores, par rapport à 2013, calcule l'Insee, soit environ 160 euros par Français. Sur ces quelque 10 milliards, 8,6 milliards sont dus aux produits pétroliers en tant que tel, et 2 milliards s'expliquent par la diminution des prix du gaz importé.

Si tous les ménages français ont bénéficié de cette manne, l'effet a été plus sensible pour certains que pour d'autres. "Tous ont gagné en pouvoir d'achat mais les gains ont été plus importants pour les ménages les moins aisés", souligne Vladimir Passeron.

Les dépenses de carburant et de chauffages sont par nature des dépenses incompressibles, c'est-à-dire qu'il est difficile de réduire leur montant. Ce sont donc les Français les plus modestes, chez qui ces dépenses prennent le plus de place, qui profitent le plus de la baisse des cours. Les 50% des ménages les moins aisés ont ainsi vu leur pouvoir d'achat progresser de 0,6-0,7%, alors que, pour les 20% les plus riches, le chiffre tourne davantage autour de 0,3-0,4%.

Un autre aspect important joue: la localisation. En Île-de-France, où les ménages se déplacent surtout via les transports en commun, les dépenses de carburant ne représentent que 2,9% du budget des Français contre 5% au niveau national. Dans la même logique, les foyers français dépensent moins en chauffage dans le Sud-Est que ceux qui vivent dans le Nord. D'où des différences géographiques: le gain de pouvoir d'achat n'a été que de 0,3% pour les ménages de la région parisienne, et 0,5% autour de la Méditerranée, contre plus de 0,6% dans l'Est de la France.

Les entreprises y gagnent, les ménages aussi

Du côté des entreprises, les économies réalisées en 2015 par rapport à 2013 sont estimées à 14,2 milliards. Les secteurs qui ont le plus bénéficié de cette aubaine sont logiquement ceux qui sont le plus énergivores. C'est le cas de la chimie (2,9 milliards), mais aussi du fret (2 milliards) et du transport aérien (1,3 milliard). "Dans une moindre mesure, les entreprises dans la construction, l'agriculture et les services aux entreprises ont également profité de la baisse des produits énergétiques", complète l'Insee.

Reste que, là encore, le consommateur est gagnant. Car, si à court terme cet "effet pétrole" gonfle les marges des entreprises, dans un second temps elles le répercutent sur les prix de leurs produits ou de leurs services. Et l'ampleur dépend du secteur.

"L'industrie chimique a déjà répercuté dans les prix de ses produits la quasi-totalité de la baisse de ses coûts, ce qui a surtout bénéficié aux ménages. Pour le fret routier, la transmission est habituellement plus lente et à ce stade un peu moins de la moitié de la baisse des coûts des consommations intermédiaires a été répercutée dans les prix de cette branche", développe Vladimir Passeron. Les compagnies aériennes, elles, ont laissé leur marge gonflé et "ont à peine baissé leur prix", ajoute-t-il.

La chimie a redistribué 2,6 milliards d'euros, dont 1,2 milliard aux autres entreprises et 400 millions aux ménages, qui ont vu les prix de leurs achats chimiques (savons, parfums, liquide vaisselle…) reculer. Pour le fret, sur les 800 millions d'euros redistribués, la quasi-totalité (700 millions) est allée aux autres entreprises françaises.