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Ce qu'économiserait un Parisien s'il partait vivre en province

"L'Insee a publié ce jeudi une étude chiffrant la différence des prix entre la région parisienne et la province à 8,8%. Même si cet écart s'explique en partie par les différences de coût du logement, ce sont sont surtout les habitudes de consommation qui jouent. Explications."

Ils sont nombreux les Parisiens qui espèrent un jour quitter la capitale pour savourer la tranquillité de la province. En 2012, une étude CSA montrait ainsi que 54% des habitants de l'Île-de-France en avaient envie.

En dehors du cadre de vie, il faut aussi reconnaître que vivre en province est bon pour le porte-monnaie. Ainsi l'Insee a publié une étude ce jeudi 14 avril pour évaluer les écarts des prix entre la région parisienne et la province (hors Corse, voir encadré). L'Institut national de statistiques calcule ainsi que les prix sont, en règle générale, 8,8% plus élevés dans la capitale qu'en province.

Pour obtenir ce chiffre, l'Insee n'a pas lésiné. L'enquête qu'elle a menée en mars dernier a nécessité de relever pas moins de 90.000 prix un peu partout dans l'Hexagone.

Une question de référentiel

Que signifie ce chiffre de 8,8%. Précisons d'abord qu'il s'agit d'une moyenne entre ce qu'un Parisien économiserait en s'installant en province et ce qu'un Provincial perdrait en vivant dans la capitale, sachant que les habitudes de consommation ne sont pas les mêmes entre la région parisienne et le reste de la France.

L'exemple le plus évident concerne les transports: les Parisiens empruntent évidemment beaucoup plus les transports en commun et utilisent peu (ou même jamais) leur automobile. Ce qui n'est évidemment pas le cas d'un habitant d'une petite ville de 15.000 âmes.

Du coup l'Insee estime qu'un Parisien qui déciderait d'aller vivre en province sans changer ses habitudes, économiserait 7,8% sur son budget annuel de consommation. À l'inverse, le Provincial qui s'établirait dans la capitale sans rien modifier à son mode de vie serait, lui, obligé d'augmenter son budget de 9,2%.

L'Insee considère que ces deux situations sont "extrêmes", car en fait "lorsqu'un ménage s'installe dans un nouveau territoire, il modifie souvent ses habitudes de consommation en fonction des prix des biens et services disponibles". Du coup l'Insee calcule une estimation "à mi-chemin" des habitudes des Franciliens et des Provinciaux. D'où le chiffre de 8,8%.

Un tiers de l'écart dû aux loyers

Pour détailler ce chiffre, il faut savoir qu'un tiers de cet écart est dû au loyer où la différence est en moyenne de plus de 48% (pour deux appartements identiques en région parisienne et en province)! La différence est un peu plus faible (6%) pour ce qui est des autres dépenses de logement (électricité, entretien, ordures, gaz, réparation). Les dépenses de santé restent un domaine où l'écart est également de taille. Si le chiffre global n'est que de 6,5%, il est trompeur. En effet, il n'y a que peu de différence sur le prix des médicaments (0,9%) alors qu'en revanche les consultations des médecins et spécialistes coûtent 12,2% de plus dans la capitale.

Autres exemples impressionnants, les services d'hébergement (hôtels etc…) dont les prix sont en moyenne 18% plus élevés, même si ce chiffre est un peu biaisé dans la mesure où les prix sont tirés vers le haut par les touristes et non les Franciliens eux-mêmes. Les dépenses culturelles et de loisirs sont également nettement plus chers dans la capitale (+6,6%) mais parce que les services de réparations ou les abonnements sportifs et culturels sont très onéreux (le surcoût atteint 16,2%).

Pour ce qui est de l'habillement (+2,9%), des boissons alcoolisées et du tabac (0,5%) ou de la communication (0%), les différences sont faibles ou nulles. Dans le cas de l'alimentation on arrive à un chiffre relativement modeste de 5,4%. L'Insee explique que cet écart peut partiellement s'expliquer du fait des "marges commerciales qui peuvent intégrer un service rendu plus important", notamment des horaires d'ouverture plus ample dans les magasins.

Foncier et salaires plus élevés

Plus généralement, les différences de prix s'expliquent par "les écart de coût du foncier; avec le fait que les terrains constructibles sont plus rares en région parisienne", explique Ronan Mahieu, chef du département des comptes nationaux à l'Insee.

"Cela se voit évidemment sur les loyers et sur les services d'hébergements mais aussi sur d'autres types de produits. Mais davantage sur les services que sur les biens", poursuit-il.

Pourquoi? "Parce que le coût du foncier a pour corollaire des salaires plus élevés en région parisienne", continue Ronan Mahieu. Pour un même poste, un Parisien touche en effet 8 à 10% de plus que son homologue de province, selon l'Insee. Or le poids des salaires dans les coûts de production sont plus élevés pour les services que les biens.

D'autre part, "on consomme des services sur le lieu de production ce qui n'est pas forcément le cas des biens. Si vous achetez une voiture chez un concessionnaire en région parisienne, elle n'a vraisemblablement pas été assemblée en région parisienne mais en province voire à l'étranger. Du coup, vous ne ressentirez pas l'effet de la rémunération plus élevée en région parisienne. Par contre si vous êtes malades vous allez voir le médecin au coin de la rue et vous ferez face à une consultation plus élevée", illustre Ronan Mahieu.

Le cas particulier de la Corse

En raison des coûts d'acheminement de certains produits et de certains choix fiscaux, notamment sur le tabac, l'île de Beauté constitue un cas un peu à part. L'Insee estime que les prix en Corse sont globalement 3,6% plus élevés que dans le reste de la France. L'alimentaire y est plus cher de 8,7%. Pour certains services (coiffeurs, esthéticienne) la différence atteint 9%.

Méthodologie

Pour calculer la moyenne des prix, l'institut a retenu le même panier de biens et services que pour calculer l'inflation. Pour ce qui est de la province, l'institut a tenté de "rendre compte de la situation moyenne, même s'il y a des hétérogénéités entre les villes", explique Marie Leclaire, cheffe de la division des prix à la consommation.