BFM Business

Cannes craint de perdre 800 millions d'euros à cause du coronavirus cette année

Cannes

Cannes - Ville de Cannes

Entre l'annulation de nombreux événements et l'absence des riches touristes étrangers, la ville de la French Riviera paye cher les conséquences de l'épidémie.

C'est la double peine pour Cannes, célèbre ville de la Côte d'Azur en France. La crise du coronavirus a en effet asséché les deux plus importantes sources de revenus d'une des cités les plus riches de France: l'organisation de salons professionnels et le tourisme.

Cannes est ainsi la deuxième ville de France pour les congrès et salons après Paris avec 280.000 professionnels en 2017, grâce notamment au célèbre Palais des festivals qui accueille notamment le Festival du cinéma.

La ville accueille par ailleurs 3 millions de visiteurs par an, la hissant parmi les plus grandes destinations mondiales du tourisme de loisirs.

280.000 visiteurs professionnels par an

Onze événements ont été annulés depuis le confinement. Les pertes sont colossales. Elles ont été estimées pour 2020 à 941 millions de dollars soit 810 millions d'euros, rien que pour les annulations d'événements.

Un montant confirmé par Jean-Michel Arnaud, président du Palais des Festivals de Cannes et élu au Conseil municipal. "A ce jour, les pertes sont de 630 millions d'euros et comme il y a encore des annulations de prévues, on arrivera certainement à 800 millions de manque à gagner. On compte déjà 256.000 personnes en moins et 350.000 nuitées d'hôtels annulées depuis le début de l'année", explique-t-il à BFM Business.

Ces annulations provoquent par effet domino une chute du chiffre d'affaires des restaurants et des hôtels, eux-mêmes impactés par l'absence quasi-totale des riches touristes étrangers. De quoi les pousser à la fermeture, notamment les grands palaces comme le Carlton et le Martinez.

"Cette pandémie a un impact catastrophique sur la communauté locale", se désole le maire de Cannes, David Lisnard, au magazine américain Variety.

"Les répercussions sont énormes et profondes sur toute une chaîne de professionnels", explique-t-il, soulignant l'impact grave sur un vaste réseau de sous-traitants indépendants dont l'activité repose sur l'activité de conférence.

"Si on considère tout l'écosystème, ce sont 12.000 personnes qui sont concernées et 1 milliard d'euros de retombées économiques par an. C'est tout l'écosystème cannois qui est en train de collapser", ajoute Jean-Michel Arnaud.

Situation désespérée

"Ils sont dans une situation désespérée et n’ont même pas droit aux allocations de chômage; ils sont invisibles. Je parle des chauffeurs, des traiteurs et des personnes qui aident à construire les stands", regrette de son côté le maire.

La ville critique vertement les mesures sanitaires imposées par le gouvernement qui ont provoqué l'annuation de nombreux événements mais qui préservent d'autres secteurs d'activité.

"Il y a une espèce de distortion dans le protocole sanitaire à faire respecter. On a l'impression d'être dans le même sac que les regroupements d'individus. Or, les salons peuvent être très encadrés, nous savons le faire, on sait organiser de manière sécurisée, on a les process. On pâtit de décisions prises sans distinctions d'activités, c'est la preuve de la méconnaissance totale du secteur de la part des pouvoirs publics. On est clairement pénalisés", s'agace Jean-Michel Arnaud.

La ville des Alpes-Maritimes mise désormais sur 2021 pour rebondir mais le flou reste total. "La bonne nouvelle, c'est que le calendrier pour 2021 est quasi-plein", se félicite le président du Palais des Festivals. "Afin de garantir aux grands salons et congrès d'être organisés, on a bloqué deux dates, une au premier semestre, une autre au second. Mais on gère l'inconnu". Tout dépendra en effet de la situation sanitaire.

Vers des salons hybrides

Le fait que Reed Midem, la filiale française de Reed Exhibitions, organise un quart des salons dans la ville inquiète également. Les professionnels craignent que le groupe décide finalement de délocaliser les prochaines éditions de ses salons. Une crainte démentie par Jean-Michel Arnaud. "Reed est actionnaire de la société du Palais, c'est un partenaire historique, on travaille totalement de concert avec eux".

Un retour à la normale reste néanmoins hypothétique et la ville prépare déjà des mesures qui pourraient faciliter la tenue de ces salons avec une approche hybride, physique et virtuelle.

"C'est notre grand objectif: devenir la ville emblématique du salon hybride afin de pouvoir proposer aux clients de bénéficier d'un présentiel limité compensé par la mise à disposition de plateaux techniques de haute qualité pour assurer la diffusion virtuelle de ces événements", souligne Jean-Michel Arnaud.

Mais ce choix aura également des conséquences économiques pour les acteurs économiques de la ville qui craignent que l'âge d'or du tourisme d'affaires soit bel et bien terminé.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business