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Camaïeu, Go Sport, Gap... Qui est Michel Ohayon, le boulimique de rachats des enseignes de magasins

Michel Ohayon a racheté cinq enseignes de renom en trois ans.

Michel Ohayon a racheté cinq enseignes de renom en trois ans. - Michel Ohayon

Le discret homme d'affaires bordelais vient d'acquérir coup sur coup Gap et Go Sport. Après Camaïeu, La Grande Récré ou des franchises Galeries Lafayette, Michel Ohayon est désormais à la tête de 800 magasins en France.

Février 2018: les franchises Galeries Lafayette. Octobre 2018: La Grande Récré. Aout 2020: Camaïeu. Mars 2021: Go Sport. Dernier en date, il y a quelques jours: Gap. Depuis trois ans, Michel Ohayon n'arrête pas de faire des chèques. Dès qu'une enseigne de magasins un peu connue est à vendre en France l'homme d'affaires bordelais est sur le coup. Et c'est souvent lui qui remporte la mise.

Inconnu du grand public, la 144ème fortune de France avec un patrimoine estimé à 600 millions d'euros par Challenges cultive la discrétion. L'homme ne goûte guère les interviews dans les médias et les séances photos. Il ne possède même pas de page Wikipedia à son nom.

Et les rares fois où il sort de sa réserve c'est pour défendre les entrepreneurs qu'il estime injustement traités dans les médias.

"Les entrepreneurs ayant réussi sont beaucoup décriés aujourd’hui explique-t-il dans Forbes. Mais qu’est-ce que ça veut dire d’être riche? Un riche, c’est un homme ou une femme d’affaires qui prend des risques, qui crée de la richesse, ce sont des personnes qui ne déconnectent pas en vacances et qui ont pléthore de soucis occasionnant bien des nuits blanches. Dans notre pays, l’entrepreneur n’a jamais été admiré, ni encensé. Et maintenant, il cristallise beaucoup de passions, de crispations."

Un discours avec lequel il est à l'aise lui qui a bâti sa fortune par lui même sans faire de gros héritage. Agé de 59 ans, Michel Ohayon est né à Casablanca mais c'est à Bordeaux qu'il a fait fortune. Il a 22 ans lorsqu'il ouvre une franchise de prêt-à-porter Daniel Hechter dans les années 80. Le jeune Ohayon a du bagou, sait séduire et vendre. Son magasin cartonne et les bénéfices sont réinvestis dans l'achat d'autres magasins. En quelques années, il est à la tête d'une quinzaine de boutiques et emploie 150 personnes.

Propriétaire du "meilleur hôtel de France"

Profitant d'un prix de l'immobilier encore abordable, il rachète des murs, des immeubles et même en 1999 le Grand Hôtel de Bordeaux, un palace qu'il transforme complètement et renomme Intercontinental Bordeaux-Le Grand Hôtel. Ce 5 étoiles est depuis trois ans considéré comme le meilleur hôtel de France par les World Travel Awards, devant les palaces parisiens.

S'il investit dans l'hôtellerie à l'international (l'hôtel Waldorf Astoria de Jerusalem) et le vignoble bordelais, c'est l'immobilier commercial son carburant. Avec sa société la Financière Immobilière Bordelaise (FIB) il rachète dans les années 90 et 2000 des murs et des emplacements dans les centres commerciaux d'une vingtaine de villes française. Des locaux qu'il loue aux grandes enseignes qui ont alors le vent en poupe comme Celio, Etam, Mac Douglas, H&M ou encore Gap.

Petit à petit il pose les briques d'un empire immobilier dont il revend une partie en 2005 au britannique Grosvenor profitant d'une première flambée de l'immobilier. Il installe alors le siège de sa société à Paris et vient vivre dans la capitale.

Toujours présenté comme "l'homme d'affaires de Bordeaux" de par ses origines, Michel Ohayon fait de plus en plus parler de lui au niveau national. Depuis qu'il a décidé de revenir à ses premières amours: le commerce pur et dur. D'abord en rachetant les 22 magasins en franchises Galeries Lafayette en 2018 puis l'enseigne de jouets en difficulté La Grande Récré. Avant d'accélérer depuis un an avec Camaïeu, Go Sport et Gap.

C'est que la période est propice pour l'homme d'affaires qui n'aime rien moins que racheter un actif une bouchée de pain (un euro pour les 21 magasins Gap) pour les réveiller. Et avec Gap, il a de quoi faire. Le chiffre d'affaires de la marque star des années 90 a fondu à 59 millions d'euros en 2020 contre près de 120 millions encore en 2015. La filiale française était laissée à l'abandon par sa maison mère. Gap France ne possédait même pas de site de vente alors que le groupe réalise 50% de son activité en ligne aux Etats-Unis.

Un Français à moins de 20 km d'un magasin

Les mêmes défis attendent l'homme d'affaires avec Go Sport ou Camaïeu rachetés récemment. Des marques connues du grand public mais qui ont perdu de l'attractivité en ratant souvent le virage du numérique.

Désormais à la tête de 800 magasins (dont 500 Camaïeu et 160 Go Sport) qui réalisent 1,3 milliard d'euros de ventes, la FIB est devenu en trois ans à peine un des plus importants acteurs du commerce non-alimentaire en France.

Et elle ne compte pas en rester là. Le groupe a d'autres enseignes dans le viseur.

"Nous examinons d'autres dossiers et franchirons bientôt la barre des 1.000 magasins", assure dans Les Echos Wilhelm Hubner qui dirige Hermione People and Brands, la filiale de la FIB en charge des commerces.

L'objectif étant à terme que chaque Français soit à moins de 20 km d'un magasin du groupe. Et peu importe si les synergies entre les magasins de jouets, ceux d'articles de sport ou les grands magasins soient minimes. L'important pour Ohayon c'est d'atteindre une taille critique et de sauter sur les opportunités quand elles se présentent.

En n'écoutant pas si possible les Cassandre qui prédisent la mort prochaine du commerce et le basculement sur le numérique. Ce scénario, l'homme d'affaires n'y croit pas du tout au contraire.

"Pour moi, les pure players comme Amazon sont plus en danger que les commerçants de quartier, assure-t-il même à Forbes comme une provocation. La livraison à domicile a montré ses limites, les villes sont à l’offensive pour désengorger le trafic arrivé à saturation. J’estime qu’il est important de comprendre les grands mouvements sociologiques, cette hyper digitalisation nourrit une forte envie de revenir aux magasins physiques de quartier."

Après des mois de confinement et de restrictions, les prochains mois de réouverture pourraient lui donner raison.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco