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Atterrés par Draghi, des économistes allemands veulent créer un "euro-or"

Des "euros-or" comme solution alternative à l'euro?

Des "euros-or" comme solution alternative à l'euro? - Thomas Coex-AFP

Parmi eux, un ancien ponte de la Deutsche Bank persuadé qu'il faut une monnaie de secours pour parer à un risque d'implosion de la zone euro. Les pièces d'euros en or permettraient aux épargnants de ne pas perdre leur patrimoine en cas d'hyperinflation.

C’est une proposition pour le moins iconoclaste que viennent de lancer un ex-ponte de la Deutsche Bank et deux autres économistes allemands: la création d’un euro de secours,"l’euro-or". Ces trois économistes suggèrent dans le très sérieux quotidien allemand Handelsblatt la création d’une devise alternative (refuge) à l’euro de la BCE. Des pièces d'euros en or serait alors frappées. 1 pièce de 1 euro contiendrait 1 gramme d’or, soit, au cours actuel du métal jaune, 38 euros. Une pièce de 5 euros vaudrait ainsi 190 euros et une pièce de 10 centimes, 3 euros 80. L’idée étant de mettre à la disposition des citoyens de la zone euro une monnaie alternative à l’euro portant la signature de Mario Draghi. Pourquoi?

Les Allemands (re)doutent la politique de Draghi

Car un grand nombre d’Allemands redoutent que la politique monétaire du président de la BCE mène tout droit vers la catastrophe. Avec une inflation qui finirait par s’envoler et une épargne qui, elle, s’évaporerait. Ces économistes imaginent en effet le pire: la désintégration de la zone euro. L’euro or deviendrait alors une monnaie de secours. Il s’agit donc de proposer aux Allemands un moyen de mettre une partie de leur argent à l'abri. Autre avantage aux yeux de ses thuriféraires: l'euro-or leur permettrait d'échapper à l'un des effets indésirables de la politique monétaire de la BCE: les taux négatifs. En Allemagne, certaines banques n'hésitent plus à soustraire de l'argent aux ménages qui laissent dormir trop d'argent sur leur(s) compte(s). Outre sa fonction de valeur refuge, cet "euro or" pourrait également servir dans des transactions.

Ces Suisses qui voulaient créer un "franc-or" en 2012

Cette idée n’est partagée que par une petite poignée d’économistes, y compris en Allemagne. Elle n'est pourtant pas inédite. Avant la guerre de 1914, la France, l’Italie, l’Espagne, la Suisse et la Grèce avait déjà créé un semblant de zone monétaire commune où les pièces d’or et même, pendant un temps d’argent, avaient cours dans tous les États signataires de l’accord. 

Une initiative comparable au projet des trois économistes allemands a par ailleurs été lancée en Suisse en 2012. Désespérés de voir la devise de leur pays servir de valeur-refuge internationale et atteindre, de ce fait, des niveaux mettant en péril l'économie helvétique (baisse des exportations, recul du tourisme international...), des parlementaires suisses suggéraient la création d'un "franc or".

Pour justifier son projet, le conseiller national Ulrich Schlüer expliquait alors qu’"en instituant un franc-or officiel, la Suisse offrira un dérivé attrayant aux capitaux en mal de sécurité –ce qui permettra de maintenir dans des limites les appréciations du franc suisse, toujours difficiles à maîtriser" et coûteux pour la BNS (Banque nationale suisse). La Commission de l'économie et des redevances helvète s'était empressée de rejeter cette initiative soulignant que l’or ne figurait pas parmi les placements les plus sûrs.

En revanche, outre-Atlantique, dans l’Utah, il est désormais possible de payer ses courses avec des pièces d’or et d’argent. Redoutant l'augmentation de la dette de l'État fédéral et la dévaluation du dollar lorsque la Fed faisait tourner la planche à billets à plein régime, les autorités locales ont introduit, en 2011 les deux métaux précieux comme monnaie légale. Sans vraiment convaincre ni les consommateurs et ni les épargnants.

Pierre Kupferman