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Antoine Jouteau: "Les transactions sur Leboncoin représentent 1% du PIB français"

Antoine Jouteau, président du Bon Coin

Antoine Jouteau, président du Bon Coin - AFP

Crise du Covid, nouveaux modes de consommation, partenariat avec L'Argus... Le site de vente entre particuliers boucle une année record malgré l'arrivée de nombreux concurrents.

Non seulement il ne connaît pas la crise, mais il semble qu'elle lui soit profitable. Leboncoin, le site de petites annonces, vient de boucler une année record. Le groupe qui comprend outre le site d'annonces L'Argus et Paycar a vu son chiffre d'affaires bondir de 10% en 2020 à 393 millions d'euros. Son président Antoine Jouteau nous explique comment le site a su tirer profit des nouveaux modes de consommations des Français.

BFM Business: Leboncoin a réalisé un record de fréquentation dimanche dernier avec 20,2 millions de visites. Y avait-il un événement particulier?

Antoine Jouteau: Non, il faisait simplement froid, les gens étaient chez eux avec le couvre-feu et ils vont regarder des produits à acheter sur le site. Dimanche c'était un record mais la croissance est forte depuis plusieurs mois. Nous venons par exemple de franchir la barre des 40 millions d'annonces sur le site. Il y a un an c'était 20 millions seulement. La catégorie qui a le plus progressé ce sont les biens de de consommation comme la mode, la maison, les loisirs, le multimédia. Leur nombre a doublé en un an. Elles représentent 80% des annonces sur le site.

BFM Business: Comment expliquer une telle explosion?

A.J.: Depuis un an, avec les confinements, certaines tendances se sont accentuées. La défense du pouvoir d'achat tout d'abord: les vendeurs cherchent à générer des ventes et du revenu. C'est un phénomène qui s'observe à chaque crise. Leboncoin est devenu un vrai moteur de l'économie. L'année dernière, ce sont 100 millions de transactions qui ont eu lieu sur Leboncoin pour une valeur totale de 25 milliards de produits vendus (hors immobilier), cela représente 1% du PIB français!

Il y a aussi le phénomène du mieux consommer, de l'économie circulaire qui est bonne pour la planète. Ça a pris de l'ampleur durant de la crise.

Et le dernier point c'est le repli sur soi avec les confinements. Les gens étaient privés de loisirs, ils ont donc fait évoluer leur mode de consommation avec plus de produits pour la maison, des vêtements, de produits d'extérieur, de jardin...

BFM Business: Avez-vous accompagné cette croissance par des innovations?

A.J.: Nous avons lancé le paiement et la livraison il y a deux ans mais ça s'est accéléré en 2020. Aujourd'hui sur 100 millions de transactions, 80% se font en face à face et 20% à distance. C'est un service payant (nous prenons une commission de 4% sur le prix d'achat de l'acheteur) mais nous pensons que c'est mieux de rester sur la plateforme.

"Les parfums sont interdits sur Leboncoin"

BFM Business: Vous avez de plus en plus de concurrents comme Vinted ou Geev, ne craignez-vous pas qu'ils vous fassent de l'ombre?

A.J.: Non, tous les concurrents font grandir le marché. Il y a une prise de conscience globale que l'occasion devient un usage essentiel dans nos sociétés. Il y a des plateformes spécialisées comme celles que vous avez citées. Mais nous faisons évoluer la nôtre aussi. Dans la mode, on peut par exemple faire des recherches par taille, par marque, par couleur. Nous avons amélioré l'intelligence artificielle sur le dépôt d'annonces avec une reconnaissance de l'image par couleur. On évolue et on s'adapte.

BFM Business: Le marché automobile s'est effondré en France en 2020, avez-vous constaté une baisse des transactions automobiles sur Leboncoin?

A.J.: Nous avons fait une année positive sur l'automobile aussi. D'abord parce que le marché global de l'occasion a reculé de "seulement" 4%. Ensuite parce que nous avons mis en place des synergies avec L'Argus que nous avions racheté fin 2019. Nous intégrons désormais la cote sur chaque annonce de voiture. Et le paiement en ligne via la plateforme est un service qui facilite l'achat. Le paiement est limité à 30.000 euros mais le prix moyen d'achat sur Leboncoin c'est 11.000 euros. Le véhicule type c'est une Clio blanche diesel à 11.000 euros.

BFM Business: Avec un tel volume d'annonces, comment procédez-vous pour modérer lorsqu'il y des contrefaçons ou du recel sur votre plateforme?

A.J.: Tout se fait par algorithme et a posteriori. Nous avons entre 800.000 et 1 million d'annonces déposées par jour. C'est impossible à contrôler par des humains. Nous avons des modérateurs qui vérifient lorsqu'un utilisateur va nous signaler une annonce mais c'est généralement pour des questions sur l'annonce ou le vendeur. Nous ne supprimons des annonces que s'il y a des réquisitions judiciaires (NDLR. notamment pour la revente de produits volés) mais c'est extrêmement rare.

Nous avons une liste de produits interdits à la vente sur Leboncoin comme les armes à feu ou les parfums par exemple pour des questions d'hygiène. Mais en dehors de ça, on laisse nos utilisateurs déposer leurs produits.

BFM Business: Ces dernières semaines des produits Lidl vendus excessivement chers sur Leboncoin ont défrayé la chronique. Y a-t-il réellement des gens qui achètent ces baskets 10 ou 20 fois leur prix?

A.J.: Non quand les produits sont à des prix délirants, les gens ne les achètent pas. En tout cas, ne faisons pas de marketing sur la rareté. Nous ne mettons pas ces produits en avant mais nous ne les supprimons pas. Il peut en revanche arriver que nous supprimions des produits vendus trop peu cher. Si vous mettez une Audi à 3000 euros, on ne validera pas. Car il s'agit souvent d'erreurs de saisi et qui pourrait causer des problèmes au vendeur.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco