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Alimentation: les prix bas au cœur des négociations entre distributeurs et producteurs

La loi Egalim, censée mieux répartir la valeur des produits alimentaires entre producteurs et distributeurs, n'a finalement pas eu les effets escomptés.

La loi Egalim, censée mieux répartir la valeur des produits alimentaires entre producteurs et distributeurs, n'a finalement pas eu les effets escomptés. - JEAN-SEBASTIEN EVRARD

Le contexte économique ne va pas faciliter les négociations commerciales annuelles. Les distributeurs ne veulent pas augmenter les prix en rayon, pour ne pas effrayer les consommateurs. Mais les agriculteurs et les industriels veulent être rémunérés au juste prix.

Les négociations commerciales annuelles entre la grande distribution et ses fournisseurs reprennent comme à chaque automne. Mais cette année les tensions sont aiguisées par la crise économique. Les distributeurs veulent préserver plus que jamais le pouvoir d’achat des consommateurs, dans un contexte tendu, en proposant des prix bas en rayon. En face, les industriels répètent, par la voix de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), avoir perdu 7 milliards d'euros en dix ans du fait de la baisse des prix aux consommateurs. Ils enregistrent en plus cette année un recul des expositions et de la demande de la restauration, à cause de l’épidémie.

Quant aux agriculteurs, ils veulent depuis des années voir leur travail rémunéré au juste prix. La loi Egalim, censée mieux répartir la valeur des produits alimentaires entre producteurs et distributeurs, n'a finalement pas eu les effets escomptés.

Le gouvernement promet d'agir avec détermination

La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et le syndicat des jeunes agriculteurs (JA) se disent prêts "à faire des propositions pour aller plus loin dans le dispositif législatif." Ils veulent plus de transparence dans les négociations commerciales pour identifier les raisons pour lesquelles les agriculteurs n’ont pas vu leur travail mieux valorisé.

La filière laitière est elle aussi très remontée. Dans leur viseur, les coopératives qui ne prennent pas en compte les coûts de production des éleveurs. Il ont été payés entre 320 et 330 euros les 100 litres de lait sur les huit premiers mois de l’année, alors qu'ils ont perçu 335 euros en 2019. Daniel Perrin secrétaire général de La FNPL n'hésite pas à menacer de "déconfiner les tonnes à lisier s'il le faut" pour obtenir une revalorisation, relate les Echos. Il pose un ultimatum au 15 octobre aux coopératives pour entendre ses revendications.

Serge Papin aux manettes

Le gouvernement compte peser dans ces négociations pour faire bouger les choses. Il a promis d'intervenir "avec détermination" pour rééquilibrer les relations commerciales. Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation Julien Denormandie a chargé Serge Papin, ancien patron de Système U, de faire un rapport sur la bonne application de la loi.

"C'est un contrat de solidarité qu'il faut signer avec l'agriculture. On ne peut pas vouloir assurer la transition vers une meilleure alimentation, une agriculture plus écologique , préserver la souveraineté alimentaire du pays et ne rien faire. La question est vitale", explique Serge Papin dans une interview aux Echos.

Il compte notamment s’appuyer sur les changements de mentalité, du côté des consommateurs. Ces derniers sont plus sensibles à la qualité, à la nécessité de consommer local, et au juste prix.

Pour Serge Papin, le frein vient plutôt de l’industrie. "La question des prix pour les produits alimentaires se pose surtout pour les produits transformés. Les produits bruts issus de l'agriculture sont pour beaucoup bon marché. Il faut peut-être revoir notre façon de consommer."
Coralie Cathelinais Journaliste BFM Éco