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Affaire Carlos Ghosn: Nissan met la pression sur Renault

Carlos Ghosn est encore PDG de Renault

Carlos Ghosn est encore PDG de Renault - Toru YAMANAKA / AFP

La marque française tient ce jeudi un conseil d’administration où la question du maintien de Carlos Ghosn au poste de PDG sera posée. Nissan demanderait de son côté une enquête sur la holding néerlandaise montée avec Renault.

A quel jeu joue Nissan? Alors que Renault tient ce jeudi un conseil d’administration avec à l’ordre du jour l’affaire Carlos Ghosn, le constructeur japonais semble multiplier des actions de déstabilisation de l’Alliance, et par ricochet de Renault. A tel point que selon l’agence Reuters, Renault aurait demandé ce jeudi à Nissan de ne plus tenter de contacter ses directeurs avant le conseil d’administration.

Ne plus contacter les dirigeants de Renault

Les avocats japonais de Nissan sont en effet arrivés en début de semaine à Paris, avec en leur possession différents éléments d’accusation contre Carlos Ghosn. Le 10 décembre, les avocats de Renault ont ainsi pu prendre connaissance des faits reprochés à Carlos Ghosn, toujours officiellement PDG de Renault.

Mais les avocats auraient notamment proposé aux administrateurs de Renault, dont le directeur général délégué Thierry Bolloré, de consulter directement ces documents, à leur hôtel. Ces derniers ont refusé, arguant selon Reuters que cela "n’entre pas dans les canaux de communication prévus pour les procédures sensibles".

"On veut une transmission carrée, d'avocats à avocats", indique un dirigeant de Renault aux Echos.

C’est en effet à Renault de communiquer directement à ses administrateurs les dits documents. D’où la demande de Renault à son partenaire de ne pas contacter les directeurs.

Une enquête sur l'Alliance?

Par ailleurs, France Info rapporte ce matin que Nissan a réclamé l’ouverture d’une enquête indépendante sur Renault-Nissan BV (RNBV). Cette holding installée aux Pays-Bas incarne juridiquement l’Alliance Renault-Nissan. C’est en son sein que s’exerce le management de l’Alliance, que sont chapeautées les activités communes, comme les achats.

"Cette société de droit néerlandais est détenue à part égale par Renault et Nissan, peut-on lire dans les documents de présentation de l’Alliance. Le Directoire de l’Alliance est l’organe de gouvernance de l’Alliance dont le siège se trouve à Amsterdam chez Renault-Nissan BV".

Neuf personnes siègent dans ce directoire, sous la présidence de Carlos Ghosn, quatre pour Renault et quatre pour Nissan, dont Thierry Bolloré et Hiroto Saikawa. C’est dans cette instance que sont prises les décisions stratégiques comme la définition des plans produits ou encore la mutualisation de moteurs, de plateformes. Nissan soupçonnerait l’utilisation de RNBV comme un outil d’optimisation fiscale, rapporte une source proche du dossier à France Info.

Toujours ce jeudi, Bloomberg rapporte que Nissan voudrait rapatrier au Japon plus d’un milliard de dollars de sa filiale chinoise, pour plus d’aisance financière. Si ces différentes informations se confirment, elles semblent indiquer que Nissan pourrait vouloir pousser Renault à se séparer aussi de Carlos Ghosn. Ce dernier ne pourrait alors plus rester à la tête de l’Alliance. "C’est une ficelle un peu grosse", tempère une source proche du dossier aux Echos. Les éventuelles décisions du conseil d’administration de Renault devraient être connues dans l’après-midi.

Pauline Ducamp