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6 faits étonnants sur les importations et les exportations européennes

Le port de Rotterdam qui a donné son nom à "l'effet Rotterdam"

Le port de Rotterdam qui a donné son nom à "l'effet Rotterdam" - BoH - Wikimedia Commons

Saviez-vous que l'Allemagne est la première cliente de 17 pays européens, alors que la France ne l'est que pour l'Espagne? Et que l'Europe commerce deux fois plus avec la Suisse que le Japon? Voici quelques faits méconnus sur les échanges commerciaux européens.

Le Royaume-Uni a désormais lancé la procédure de divorce. Ce mercredi 29 mars, la Première ministre britannique a officiellement enclenché le fameux article 50 du traité de l'Union européenne qui doit aboutir à la sortie de l'Union européenne par le Royaume-Uni. Un Brexit qui n'est évidemment pas sans risque, étant donné que le commerce intra-européen représente environ 47% des exportations du Royaume-Uni et 51% de ses importations.

Ce même mercredi, l'agence des statistiques européennes Eurostat a publié tout un ensemble de données sur le commerce européen. Parmi cette montagne d'informations, certaines sont pour le moins frappantes.

1/ L'UE commerce bien plus avec la Suisse que le Japon

La confédération helvétique a beau avoir une économie six fois et demie plus petite que celle du pays du soleil levant, la logique géographique est puissante. Ainsi la Suisse représentait en 2016 environ 7,6% des échanges commerciaux de l'Union européenne, un chiffre qui tombe à 3,6% pour le Japon.

2/ Les États-Unis recommencent à commercer avec l'UE

Alors que Donald Trump ne cesse d'agiter le spectre du protectionnisme, son pays aurait probablement beaucoup à perdre en fermant ses frontières aux échanges avec l'Union européenne. Le commerce entre les États-Unis et l'Europe représentait en 2000 près de 25% des échanges commerciaux de l'UE, chiffre qui est tombé à 14% en 2011, avant de remonter pour atteindre aujourd'hui 17,7%. La Chine n'est ainsi que le deuxième partenaire commercial de l'UE avec 14,9% des échanges. En l'espace de 16 ans, ce chiffre a été multiplié par près de trois.

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- © Eurostat

3/ L'Allemagne, à la fois premier client et fournisseur de la majorité des pays européens

L'Allemagne a une incroyable force de frappe commerciale. En 2016, la première économie d'Europe a encore dégagé un excédent record de 253 milliards d'euros. L'Allemagne est ainsi le premier fournisseur de 18 des 28 pays de l'UE. L'Autriche (43%) et la République Tchèque (31%) sont les deux pays les plus dépendants du made in Germany.

Mais l'Allemagne n'est pas qu'une machine à exporter. Elle importe aussi beaucoup de biens et services des autres pays européens. Elle est ainsi le premier client de 16 des 28 pays de l'UE, dont la France. Un tiers des exportations tchèques finissent ainsi en Allemagne.

4/ Un seul pays a pour premier client la France

Il s'agit de l'Espagne. L'Hexagone représente en effet la première destination des exportations espagnoles (15%), devant l'Allemagne (11%). Aucun pays n'a, en revanche, la France comme principal fournisseur. L'Hexagone se hisse au deuxième rang en Italie et en Espagne, et au troisième au Portugal, au Luxembourg, en Belgique, en Allemagne, et en Irlande.

5/ L'Allemagne dépend autant de l'UE que la France

La part du commerce européen dans les exportations allemandes et françaises est identique (59%). Et il en va de même pour les importations (69% pour la France et 66% pour l'Allemagne).

6/ L'incroyable "effet de Rotterdam" qui fausse tout

Les Pays-Bas présentent de nombreuses singularités. Leurs importations en provenance des pays de l'UE ne représentent que 47% de leur total, soit la part la plus faible de l'Union européenne. Pourtant, dans le même temps, le plat pays a des exportations ultra-dépendantes de l'UE (76%). 

En fait, dans ce pays, les exportations intra-européenne et les importations extra-européennes sont surévaluées en raison de ce que l'on appelle "l'effet de Rotterdam". De nombreuses marchandises transitent par le port l eplus actif d'Europe. Pour beaucoup d'entre elles, elles sont enregistrées au Pays-Bas comme étant une importation extra-UE, puis réexpédiées vers un autre pays européen. Elles sont alors considérées comme une exportation néerlandaise vers un autre pays européen. Par exemple, si l'Allemagne importe des meubles chinois et que ceux-ci passent par Rotterdam, ils seront in fine enregistrée en Allemagne comme une importation provenant des Pays-Bas. Et auparavant ces meubles auront été comptabilisés par les Pays-Bas comme une importation en provenance de Chine.

Si ce raisonnement vaut pour tous les ports, l'effet est plus important pour Rotterdam, premier port commercial au monde en volume de marchandises, hors Asie (le 11e, tous ports compris), selon le World Shipping Council.

Cet "effet Rotterdam" qui s'applique aussi dans une moindre à mesure au port d'Anvers, a amené plusieurs observateurs à remettre en cause l'importance du commerce européen, bien qu'il soit quasi-impossible à chiffrer. L'ONS, l'Insee britannique, estimait notamment qu'il pouvait faire passer de 50 à 46% la part de l'UE dans les exportations britanniques. Mais l'institut des statistiques reconnaissait lui-même qu'il s'agissait d'une estimation au doigt mouillé...

Julien Marion