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2 millions d'étrangers sont arrivés en Allemagne, l'an passé

Des migrants arrivant dans le sud de l'Allemagne en janvier dernier

Des migrants arrivant dans le sud de l'Allemagne en janvier dernier - Armin Weigel - AFP - DPA

"Si on prend en compte les entrées et les sorties, le pays le plus peuplé d'Europe comptait, fin 2015, 1,14 millions d'étrangers en plus sur son sol. Ce record a un coût pour les finances publiques mais il va aussi faire grossir la population active en soutenant la consommation."

C'est quasiment l'équivalent de la totalité de la population de Paris intra-muros. L'an dernier pas moins de 2 millions d'étrangers ont rejoint l'Allemagne, soit environ 2,4% de la population, selon des premières données de l'agence des statistiques allemandes Destatis.

Certes, dans le même temps, l'Allemagne a également enregistré 860.000 sorties d'étrangers. Ce qui fait que le solde migratoire des non-nationaux (la différence entre les entrées et sorties d'étrangers) s'est élevé à 1,14 million de personnes. Ce dernier chiffre a augmenté de 49% par rapport à 2014 où il se limitait à 766.000 personnes.

Même si Destatis ne donnera que dans deux semaines le détail des pays d'origine, ce résultat s'explique avant tout par la crise des réfugiés qui connaît le pays depuis environ un an et demi. Destatis le note d'ailleurs dans son communiqué: "jusqu'en 2014 le développement de l'immigration s'expliquait par les flux de migrants provenant d'autres les pays de l'Union européenne, avec une forte proportion de séjours temporaires". Mais "désormais ce phénomène est éclipsé par une immigration due aux demandeurs d'asile", souligne-t-elle.

Deux fois plus d'étrangers en Allemagne qu'en France

Le nombre d'étrangers vivant en Allemagne a ainsi atteint un niveau sans précédent dans l'histoire du pays: 9,11 millions contre 8,15 millions en 2014, soit 11% de la population totale. À titre de comparaison, en France, ce taux était de 6,4% en France (pour 4,2 millions d'étrangers) en 2014, selon l'Insee.

La gestion de la crise des migrants est un sujet qui a valu à Angela Merkel de faire l'objet de nombreuses et virulentes critiques. La chancelière allemande a ouvert grande la porte aux demandeurs d'asile en 2015 et doit désormais faire face aux injonctions d'adversaires qui lui demandent de revenir sur sa décision. Dans son propre camp certains l'accusent d'être à l'origine de la percée de l'AfD (Alternative für Deutschland, extrême-droite) aux élections régionales.

Et la semaine dernière Pierre Gattaz, le président du Medef, et son homologue allemand Ulrich Grillo ont publié une tribune commune dans laquelle ils appelaient les gouvernements français et allemand à réduire les flux des réfugiés.

Un impact sur la consommation 

Il faut néanmoins savoir que ces arrivées massives de réfugiés ne sont pas sans avantage économique pour l'Allemagne. Elles permettent notamment de compenser la baisse de la population active outre-Rhin. Avec la faible natalité allemande (1,47 enfant par femme contre 1,96 en France en 2015), le nombre de personnes actives sur le marché du travail allemand diminue chaque année de 190.000 à 215.000 selon Destatis. Avec cet afflux de réfugiés, la population active a au contraire progressé de 70.000 personnes en 2015 et devrait encore augmenter de 240.000 en 2016 (en supposant qu'un 1 million de réfugiés arrivent en Allemagne).

Selon l'Insee, qui s'est penché sur ce sujet dans une récente étude, "l'augmentation de l'emploi serait suffisante pour compenser cette hausse de la population active et le taux de chômage serait stable".

Certes, accueillir tous ces réfugiés a un coût. Les instituts de conjoncture allemands tablent sur une fourchette de 14-15 milliards d'euros pour 2016. Mais les dépenses publiques engagés génèrent aussi un important surplus de consommation: 0,2% du PIB en 2015, soit une part non négligeable de la croissance (1,7% l'an passé).

J.M.